23 oct. 2011

Poetry´s dilemma.

La meilleure équipe de la Coupe du Monde a remporté la Coupe du Monde. Justice est faite. Enfin, pas trop en ce qui concerne le match. Toutes les statistiques favorisent les Bleus, et même si on ne peut pas parler d´une domination équivalente à celle de l´Afrique du Sud sur l´Australie par exemple, il est clair que si la France avait gagné ce match, du point de vue de la physionomie de la rencontre exclusivement, cela n´aurait pas constitué un vol.
Après, tout de même, vu le parcours de la France, il aurait été scandaleux que les Tricolores soient champions du monde. Malgré le match très courageux et plein d´allant qu´ils ont livré, les All Blacks sont parvenus à leurs fins, et le dénouement ne devrait guère laisser de goût amer dans la bouche des supporters français, si tant est qu´ils ont le courage de reconnaître l´incroyable (pour ne pas dire honteux par moments) concours de circonstances qui propulsa la France en finale .
Bravo aux All Blacks et à leur staff, qui a dû faire face à une pression inimaginable durant l´ensemble de la compétition. J´avoue volontiers que je rêvais de les voir produire un autre jeu en finale, mais l´enjeu a tué cette possibilité-là, et en fin de compte, peut-être devait-il en être ainsi pour que les Néo-Zélandais chassent définitivement certains de leurs démons. Weepu eut des hauts et des bas, et je pense que la charge de buteur lui pesa de trop; mais en l´absence de Carter, dur d´y remédier sans lui mettre un coup au moral. Stephen Donald inscrivit les points décisifs de cette Coupe. Quelle histoire... Kaino me déçut un peu, je dois le dire, sauf sur ses plaquages absolument monstrueux. Mais par contre, Read et McCaw réalisèrent un grand match. Vu que Dusautoir et Harinordoquy furent eux aussi à la hauteur, au contraire d´un Bonnaire en dedans, cela explique que le match ait été aussi serré. Comme je le pensais, la troisième ligne fut bien l´élément déterminant du match, cependant. Cela se tint à très très peu de choses, mais au bout du compte, la prise de balle de Kaino sur l´essai de Woodcock et l´erreur d´Harinordoquy qui entraîna l´ultime pénalité suffirent à faire choisir son camp au trophée William Webb Ellis.
Bravo aux joueurs français pour ce match. Ils se battirent sans relâche, et lors de l´interview d´après-match, Dusautoir me fit vraiment de la peine. Je persiste à penser que ce n´est pas le bon capitaine pour la France, mais c´est un grand bonhomme d´un point de vue sportif. Je regrette l´abattement de certains joueurs tricolores, mais par contre, je ne peux que me réjouir du fait que Lièvremont se voie refuser la consécration suprême. Ses déclarations après le match contre le Pays de Galles me l´ont rendu absolument insupportable et odieux.
Pour les All Blacks, que la victoire est superbe! Beaucoup d´entre eux tirent leur révérence au plus haut niveau sur ce titre, le plus beau d´entre tous au pays du rugby. Brad Thorn le mérite, lui, capitaine courage dur à la besogne. Conte de fée pour Muliaina également, qui aura atteint le panthéon des capes rugbystiques. Les Bleus avaient clairement étudié leurs adversaires, et ils évitèrent de chatouiller Cory Jane sur les ballons hauts. Malheureusement pour eux, Richard Kahui se montra présent et assez décisif tout au long de la rencontre.
Ce ne fut pas un grand match, loin de là, ni d´un côté ni de l´autre, mais l´engagement compensa d´un point de vue émotionnel les carences de jeu que laissèrent éclater au grand jour les deux équipes, structurelles d´un côté, liées au contexte particulier de l´autre. Les Bleus confirment qu´ils sont bien les pires adversaires des All Blacks, et les All Blacks confirment de leur côté qu´ils sont bien la meilleure équipe du monde. Justice is served.

15 oct. 2011

Bouillir de par la bouillie. Ou de bouées médiocres.

Quel match infâme et injuste. Si Warburton n´avait pas été expulsé, cette équipe de merde se serait pris 30 points. Ils n´ont produit aucun jeu. Rien. Le néant. Je voulais tellement que les Gallois gagnent, ils le méritaient. Si Hook n´avait pas manqué deux pénalités, et si Halfpenny avait mis un tout petit peu plus de jus dans son coup de pied, les Gallois seraient en finale. Cette équipe de France est en dessous de tout. Une nullité. La honte totale. Parra fait 3 sur 3 contre une équipe réduite à 14 pendant 60 minutes, et les Bleus vont en finale? Pas une occasion d´essai, rien.
Sérieusement, c´est une honte. Ces Gallois étaient bien plus forts. Bien plus forts sur le terrain, bien plus forts dans la tête. J´ai honte pour le rugby aujourd´hui, mais ces Gallois ont livré un match qui prouve ce que c´est que de jouer avec le coeur, avec une organisation digne de ce nom, avec de l´inspiration aussi, même s´ils n´ont pas réussi à s´imposer. Un sentiment terrible de rage, de dégôut, d´injustice, vraiment.
Et pour être honnête, je me contrebalance des inepties qu´écriront les médias de l´hexagone. Même si les Bleus produisent du beau jeu en finale (ce que je n´espère pas), ce parcours est l´une des plus grandes escroqueries de l´histoire de ce sport. Tant pis pour Warburton, bravo à tous les autres Gallois, et vraiment, je regrette de les voir perdre un match qu´ils ont dominé de la tête et des épaules. Cette équipe de France ne vaut rien.

9 oct. 2011

D´adieux aux grands vents.

Ces deux quarts de finale qui opposaient les grandes nations du Sud me laisseront d´impérissables souvenirs. Et des impressions mitigées. Cet Australie-Afrique du Sud aurait parfaitement pu connaître une fin radicalement différente, et les Australiens auraient tout aussi bien pu se prendre une raclée. Ils ne sont pas passés loin de la correctionnelle, et doivent une fière chandelle à James O´Connor, et aux curieux tours du destin. Mais non, ce dont il faut parler en premier, c´est du combat dantesque, superbe, prenant qui fut livré à Wellington. Quel match, quel match! Entrecoupé d´erreurs, d´errances, haché certes, mais quel match d´une ampleur énorme perceptible à chaque instant. Schalk Burger monstrueux, Jean de Villiers redoutable, Pat Lambie tranchant, talentueux, aérien, Fourie du Preez intelligent, que ces Springboks émanaient de la force, de la solidité, du danger constant et inspiré! Ils doivent encore se demander quand le match leur a échappé. 147 plaquages pour les Australiens? Quelle rencontre, quel affrontement.

Mais ce qui me restera en mémoire pendant longtemps, ce qui a gravé sur cette rencontre exceptionnelle son empreinte inoubliable, ce dont je ne pouvais détacher mes yeux, c´est Victor Matfield. Un deuxième ligne comme cela, c´est à peine croyable. Quelle domination, quelle emprise absolue sur la touche. Un timing sublime, une capacité totale à se faire respecter dans les airs, le contrôle parfait des alignements et des combinaisons. Il est, et de loin, de très loin, le meilleur deuxième ligne du monde, insurpassable même pour d´autres grands talents comme O´Connell. Et c´était son dernier match!

En le voyant faire ses adieux, en voyant cette image de Matfield quittant pour la dernière fois un terrain de Coupe du Monde de rugby, quelle douleur, quelle sensation de perte, quel respect, quelle admiration pour sa façon de se retirer, cette dignité silencieuse.

Oui, je voulais parler du grand Matfield, et de Genia, qui est bien bon, un vrai malin, un joueur régulier et intelligent, qui a fait la différence lors de ce jour où Cooper s´est raté en beauté, excepté ce coup de pied en début de match qui trouva les Sud-Africains en mauvaise position, et de Samo, de Pocock, deux des plus grands espoirs de l´Australie contre les All Blacks, du mur infranchissable Pat McCabe (ses plaquages donnaient l´impression qu´il était fait de briques), et des fulgurances de Kurtley Beale. D´Ashley-Cooper inexistant, de Hougaard, assez insaisissable, des deux Du Plessis, deux joueurs que j´aime voir jouer pour leur engagement loyal et intelligent.

Vous savez, vu la réputation du rugby sud-africain, et le rugby parfois très restrictif qu´ils ont pu proposer, j´étais dans les meilleures dispositions d´esprit pour les détester. Quelle ne fut pas ma surprise de m´apercevoir qu´au contraire, ils étaient en train de livrer une partition passionnante de rugby. Les commentateurs évoquèrent à un moment donné la rumeur qui voulait que les éléments conspirent pour empêcher la présence des Australiens en demi-finale, du fait de l´antipathie historique entre Néo-Zélandais et Aussies. Au vu du match, on peut affirmer le contraire. Les décisions arbitrales ne me semblent pas indiscutablement scandaleuses, mais les Springboks n´ont pas été favorisés du tout par Bryce Lawrence.

Sentiment d´injustice? Je ne sais pas... Les manquements des Sud-Africains qui rendirent impossible l´essai retombent entièrement sur leurs épaules, et je pense qu´un seul essai aurait posé les fondements d´une victoire qui s´annonçait inéluctable. Ce match, malgré toutes les erreurs, les pertes de balle, les en-avant, les "presque" qui jonchaient le terrain telles des carcasses fanées dans un cimetière désolé a été une belle démonstration de la qualité de leur jeu, et m´a fait croire en eux. Merci à eux, merci à ces beaux Spingboks, et bonne chance aux Australiens, qui ne craquèrent jamais face aux vagues âpres et pas en mal d´inspiration de leurs adversaires.

Un bien beau match, bien que beaucoup s´empressent de contester cela vu le score étriqué et la quantité de fautes de main qu´il y a eues. Grossier manque d´appréciation de mon point de vue, tout comme les critiques émises à l´encontre du second match et des All Blacks en particulier. Rencontre, qui pour tout dire, me séduisit complètement.

Rythmée par le talent extraordinaire des All Blacks, et rendue superbe par l´opposition valeureuse des Argentins, qui ne se ratent jamais lors d´une grande compétition, eux, et font valoir tous les arguments qu´ils ont en leur faveur. Je suis loin d´élogier le jeur argentin, attention. Si jamais vous voulez un jour illustrer ce que signifie "pourrir le jeu", "pourrir les sorties de balle" pour quelqu´un qui trouverait la métaphore trop lourde, revoir ce match servirait d´accusation implacable. Qu´un seul carton leur soit tombé dessus relève d´une grande mansuétude. Mais les Argentins, conscients de leurs limites, se livrent avec sincérité à leur forme de rugby, en toutes circonstances. Et on voyait à quel point ils respectaient les Blacks, une admiration sans prétention pouvant se lire dans leurs yeux chaque fois qu´ils parvenaient in extremis à endiguer les incroyables attaques néo-zélandaises grâce à leur admirable défense.

Les Blacks, justement. Partout, il y a des amateurs du rugby qui souhaitent leur triomphe dans cette Coupe du Monde, avec chaleur, avec sincérité, avec enthousiasme. Parce que leur jeu le mérite bien, et il n´y a rien d´autre à dire. Et parce que la candeur des Néo-Zélandais sur un terrain de rugby, cette volonté de créer, de déborder, de couper le terrain par des courses toujours vers l´avant, vers la terre promise, regorge de promesses sincères d´un jeu universellement meilleur. J´en suis, de ces fans idéalistes.

Alors il y a bien des choses sur lesquelles s´attarder, l´utilité sans faille de Kaino, la transparence relative de Conrad Smith, ces centimètres qui manquent à Read en première mi-temps et qui auraient chamboulé la physionomie du match, cette passe incompréhensible au pied de Toeava alors que les Blacks n´avaient toujours pas inscrit d´essai et que le surnombre en bout de ligne était flagrant, la très belle prestation de Woodcock, Mealamu et Franks face à la première ligne argentine, pourtant pas la première venue, ou encore le flegme de Graham Henry dans sa cabine.

Pourtant, pour moi, il y a une évidence.
Clairement, dans les chaumières du Pays au Long Nuage Blanc ce soir, les prières aux dieux du stade doivent avoir un but bien précis. Cela semblera peut-être le pire des blasphèmes, mais plus encore que la blessure malheureuse de Carter, l´absence que tous les supporters des All Blacks doivent redouter, c´est celle de Piri Weepu. Alors lui, il a tout bon. Systématiquement, et depuis le début du mondial. Sa transformation manquée sur le premier essai constituait son premier raté du tournoi! Mais sa réussite parfaite au pied, qui semble ne pas faire le moindre doute, et le stade entier d´Auckland paraissait d´ailleurs ne jamais succomber à l´angoisse lorsqu´il s´apprêtait à buter, ne représente guère qu´une infime partie de son influence sur son équipe.

Les coups de pied dans le jeu de Weepu me firent bondir plusieurs fois. Sublimes, magnifiques, tout simplement. Dosage parfait, lecture du jeu impeccable, décision créant instantanément le danger, ballon atterrissant exactement là où ses coéquipiers pouvaient en faire meilleur usage... Des passes comme celle qu´il fait en diagonale pour Cory Jane, on les attend la vie durant quand on aime le sport, et on les contemple à chaque fois avec émerveillement. J´avoue sans vergogne être sous le charme de celui qui est pour moi LE joueur du Mondial. Il ne transperce pas les murailles comme Genia en partant au ras des regroupements, mais ses passes à la main, son aura, son sens stratégique ne connaissent pas de trou d´air. Le voilà, le métronome des All Blacks, le dépositaire des espoirs des Néo-Zélandais. Et il est dur au mal, pas du genre à se décourager dans la difficulté.

Ce match contre les Argentins, en plus d´être superbe, honnêtement j´ai du mal à comprendre les grincheux, va faire un grand bien aux Blacks. Il a fallu qu´ils s´accrochent, qu´ils se battent, qu´ils prennent les points de pénalité, et ils ne se sont jamais laissés aller, ils n´ont jamais cessé d´aller vers l´avant en prenant des risques mesurés, de croire en leurs joueurs. Seule leur défense, un peu suspecte pour le moment, me cause une certaine inquiétude. Mais quand on voyait les poussées des All Blacks sur les mêlées, on comprenait à quel point leur envie restera sans équivalent maintenant qu´ils se trouvent poussés par leur public. Espérons que cela les aidera à colmater les brèches face aux Australiens, rencontre monumentale qui s´annonce. Cooper ne va pas se rater une deuxième fois je pense, et le jeu des néo-zélandais se prête plus aux grandes envolées des trois-quarts australiens qu´ils affectionnent particulièrement. Attention par exemple à Ashley-Cooper! Lui aussi risque de montrer le bout de son nez.

Mais je reviendrai plus tard sur ce prochain match. Ce n´est pas comme si les All Blacks ne débordaient pas de talent en ce qui concerne leurs trois-quarts.... Quelles percées de Cory Jane et de Sonny Bill Williams (en tant qu´ailier, c´est à remarquer)! Je pense que peu de défenses, si ce n´est aucune, ne sauront contenir les All Blacks comme le firent les Argentins, qui ont effectué un travail absolument remarquable face aux équilibristes puissants, créatifs et déterminés qu´étaient les Néo-Zélandais en face.


Non, décidément, ces deux matches d´aujourd´hui m´ont fait aimer le rugby comme rarement, et ont porté bien haut le drapeau des valeurs auxquelles la majorité des rugbymen proclament leur amour. Humilité, combat, amour du jeu et du sacrifice, respect de l´adversaire... Je voudrais tout spécialement souligner la qualité humaine qu´impliquent les interviews d´après match que les 4 capitaines ont données. John Smit et Felipe Contepomi , même en proie à une déception immense, à une tristesse soutenue du fait des retraites qui s´abattirent sur leurs équipes aussitôt le coup de sifflet final donné, répondirent de bon gré, avec une sincérité pas feinte du tout, louant la qualité de l´équipe qui les élimina, et rendant un bel hommage à la bataille dont ils se trouvèrent être les perdants. Quant aux vainqueurs, point de triomphalisme méprisant, point d´euphorie qui oublierait les autres protagonistes de ces grands duels, point de tentative d´intimidation de qui que ce soit. Entre ceci et l´image du monument Matfield conscient qu´il s´éloignait pour toujours, voilà le sport auquel j´aspire.


Contepomi a eu bien raison lorsqu´il affirma que son équipe allait profiter de son inclusion dans le Tri-Nations pour devenir meilleure en attaque. Non contents de leurs exceptionnelles qualités en défense et au combat, les Argentins savent bien à quel point ils ont de la chance de pouvoir prochainement se frotter régulièrement aux trois meilleures nations du rugby mondial, de manière générale. Et en ce qui me concerne, les rencontres d´aujourd´hui m´ont fait apprécier la chance d´être fan de rugby qui voit ces équipes du Sud jouer, et aussi de pouvoir assister à cette Coupe du Monde sur la terre sacrée du rugby. Que de moments privilégiés, que de chocs inoubliables, que de joueurs livrant leurs plus belles batailles!

Un grand jour de rugby.

1 oct. 2011

"On ne va pas tomber dans l'analyse technique et tactique du match."

Ces mots, prononcés par Marc Lièvremont après la défaite contre les Tonga, illustrent quelque peu le problème de fond qui existe aujourd´hui au sein de notre équipe nationale de rugby masculine. Enfin, ceux-là, et puis aussi ceux-là, et n´oublions pas ceux-là.
Puisque, paraît-il, il faudrait ne jamais regarder en arrière pour construire un futur plus alléchant, faisons précisément le contraire. Je ne vois pas comment il serait idoine de fermer les yeux, à moins bien sûr de faire partie de ceux qu´un trou de mémoire bénéficierait.

Beaucoup de fans de l´équipe de France (et de rugby) soupçonnaient que le match contre les Tonga continuerait la série de performances peu enthousiasmantes des Bleus sous Lièvremont. Je faisais partie de ce contingent-là. Et, je l´avoue sans peine, pas même mon cynisme ne s´attendait aux carences absolues et pathétiques montrées par le Quinze de France. Revenons sur les faits marquants de ce non-jeu.

Pathétique.

-La défense. Une vraie passoire. Pas bien placés sur la plupart des percées des Aigles du Pacifique, en particulier côté fort, près des regroupements antérieurs. Pendant les séquences de jeu au près, les Français subissaient automatiquement à l´impact, reculaient de deux mètres, et les adversaires pouvaient systématiquement libérer la balle dans de bonnes conditions. Quelques placages ratés, mais surtout, surtout, toujours pris de court, jamais dans les temps en défense pour pouvoir chiper le ballon. Une faillite plus collective qu´individuelle, même si certains ont particulièrement souffert.
-Yachvili. A part ses pénalités, il a vraiment été en dessous de tout. Que de passes dans le vide, mal éxécutées techniquement, qui rebondissaient, qui ralentissaient le jeu! Quel contraste face à Moa, l´un des meilleurs Aigles en face, qui franchissait régulièrement la ligne française et insuffla plusieurs fois la panique dans le camp tricolore.
-Les centres. Mermoz et Rougerie ont vraiment accompli un grand exploit contre les Tonga. Rendre indiscutables aux yeux de tous les déclarations des frères Maka sur le manque de jugeote des décideurs bleus qui choisirent de laisser Jauzion, Fritz et Poitrenaud en France. Mermoz a peut-être de la classe, mais il lui manque, et il lui a toujours manqué, la constance et la sécurité nécessaires pour s´imposer au plus haut niveau mondial comme un centre incontournable. Jauzion possède toute la panoplie des cracks; Mermoz n´en possède que des fulgurances. Rougerie, lui, a vraiment peiné aujourd´hui au niveau du positionnement et de la défense. Il peut être redoutable lorsqu´il a de l´espace et que ses coéquipiers sont bien en place, mais ce n´était pas le cas, et il a été l´un des plus fantômatiques sur le rectangle vert. Et cela, c´est en ce qui concerne l´attaque. En défense, il manque de niveau, tout simplement. Jamais bien placé, pas terrifiant.
Mention spéciale à Estebañez, qui aura fait un petit tour, pénalisé son équipe en se faisant expulser pour un geste évidemment sanctionnable, et puis s´en va.
-Dusautoir. Pas le joueur, je le précise, mais le capitaine. Nous y reviendrons longuement à la fin.

Passable, avec quelques hauts et plutôt des bas.

-Parra. Je le déclare tout net, je ne l´aime pas. N´empêche, lors de tous ses matches au poste d´ouvreur, on ne peut pas lui reprocher de reculer et de baisser les bras. Sa défense est évidemment suspecte, mais il n´a pas décidé de son gabarit, et au niveau du dévouement à l´équipe, il répond présent. Offensivement, son apport frôle le néant du point de vue de l´efficacité. Pas de sa faute. Un en-avant certes évitable, mais au milieu du vide intersidéral qu´il y avait côté Bleu, cela ne constitue point une offense capitale.
-La troisième ligne. Bonnaire s´est pas mal planté, et il a coûté cher sur les réceptions de ballons hauts, donc on ne peut vraiment pas dire qu´il a surnagé. Après, on l´a vu, et il n´a pas été un trou noir, alors... Dusautoir n´a pas eu la domination totale qu´il propose normalement en défense, même s´il a été le meilleur plaqueur du match. Et puis des choix de jeu pas très clairvoyants en attaque. Lakafia n´a pas impressionné, contrairement à ce que j´ai lu ailleurs. Il perd la balle qui amène l´essai, il coûte une pénalité... Je n´ai absolument rien vu qui me fasse penser qu´il peut faire basculer des matches. C´est vrai qu´il n´a pas l´air d´être le genre de joueur qui peut se trouer en beauté en défense, et qu´il montre pas mal d´activité en attaque. Mais je le trouve plus besogneux qu´autre chose.
Quand on compare avec la troisième ligne des Tonga, qui a tout ravagé sur son passage... (même s´ils n´ont pas su inscrire les salutaires essais du bonus)
-Servat. Lui par contre, on est en droit d´en attendre beaucoup. Il dégage quelque chose sur le terrain. Pas lors de ce match-ci. Quand je l´ai vu échouer sur la ligne, lors de la 26ème minute, j´ai compris que les Français n´y étaient pas, et qu´ils allaient manquer de lucidité et d´esprit collectif au moment de conclure. William a beau être un des meilleurs joueurs français, on a eu l´impression qu´il voulait sauver l´équipe sur ce coup par une action individuelle. Ce n´était pas le match pour cela, et cela échoua. Pas son match. Mais il est meilleur que Szarzewski, c´est clair. Lui avance sur le terrain, et ses charges font mal. Ce que ses adversaires savent.
-La mêlée. Soi-disant LE point fort des Bleus. Eh bien, cela ne s´est pas vu. Elle a été tenue en échec par les Tonga presque tout le temps. Quelques bons moments, quelques uns pas en leur faveur non plus. Si on ne peut compter que sur elle pour expédier le Quinze de France au paradis, on reste loin du compte.

Relativement acceptable, et par moments on avait envie d´y croire.

-Le triangle arrière. Plus Palisson et Médard que Clerc, qui a un peu déçu. Palisson a montré de belles dispositions. Cela ne veut pas dire que j´en fais un ailier indiscutable, attention, mais il ose et est tranchant. Pas assez quand même... Sa défense non plus ne frisa pas le ridicule. Médard est clairement l´un des seuls joueurs tricolores capables de faire se lever les foules. Ses courses n´ont pas d´équivalent en France. Il a de la vista et de l´audace. Pas non plus un match d´anthologie. Il n´est pas entouré comme à Toulouse et il pâtit du manque de structure en attaque, bien sûr. Sa défense ne sera jamais enthousiasmante je crois, mais sur ce match, il n´a pas évité tout contact, et n´a eu aucune boulette énorme. Clerc a été en dedans. Il n´a pas trop déchiré le rideau défensif des Tonga. Mais lui, il a de l´intelligence de jeu. Quand il faut rester debout pour que le soutien arrive, il le fait. Ce qui, vu son gabarit et celui des trois Aigles qu´il avait dessus, est assez méritoire. Et puis il y a son essai. Pas un bon match, mais lui ne se loupe pas à l´heure de conclure. En plus, quand on sait que c´est son essai du bonus à la fin du match contre le Canada qui envoie la France en quart...
-Harinordoquy. Son entrée a remobilisé un tout petit peu les Français, et lui aussi sait où il va sur le terrain. Enfin, relativement, vu le marasme collectif... Et lui aussi avance au contact.


Dans l´ensemble, quel rayon de soleil éclatant retirer de cette rencontre? AU-CUN. L´ambiance les plombe, cela ne fait aucun doute. Pas l´ambiance extérieure, hein, je tiens à le préciser. Cela n´est peut-être pas facile à vivre, mais ce que les médias disent n´est en aucun cas responsable des performances de l´équipe. Il s´agit de sportifs de haut niveau, et on ne peut vraiment pas comparer avec la pression que subissent constamment les joueurs du Real Madrid au football ou du Canada en hockey sur glace. Non, l´atmosphère interne. Je n´ai aucune idée de la façon dont vit le groupe. Mais des personnes qui vivent ensemble depuis 3 mois, qui jouent au sport ensemble et qui ne se comprennent absolument pas, c´est que quelque chose cloche sérieusement. Revoyez les images du match. Ils ne se parlent pas, ne se regardent même pas lors des temps morts, ne s´entourent pas, ne communiquent pas. Ne se soutiennent pas, ne se défient pas.
C´est pour cela que je parle de joueurs misérables. La révolte, personne ne te l´apprend, personne ne te l´indique. Tu la commences, et qui m´aime me suive! S´ils sont paumés sur le terrain, regardons du côté de l´entraîneur. Mais quand ils sont paumés sur le plan de l´état d´esprit? Ils portent certainement une part de responsabilité de ce point de vue-là.

Dusautoir n´a à aucun moment montré la voie à suivre. Pas de feu sacré extériorisé, pas de rassemblement. Vous me direz, après tout, tous les capitaines n´ont pas besoin d´être comme cela, et je suis bien d´accord. Le problème, bien entendu, repose sur le constat implacable que pas un joueur n´a su faire quoi que ce soit pour que l´équipe reprenne et ses esprits et courage. Pas un. Cela retombe donc sur le Capitaine. Dusautoir a énormément de qualités, mais pas suffisamment pour en faire un grand meneur. Et cela, on le sait depuis quelque temps. Pourquoi Lièvremont n´a pas choisi quelqu´un de plus magnétique? Pourquoi, de manière générale, n´y a-t-il pas de joueurs charismatiques, fous, grognards et fiers de l´être, irrépressibles et fortes têtes?

Sans connaître l´intimité de l´équipe, force est de constater que le sélectionneur a laissé de côté bon nombre de joueurs pour des raisons peu évidentes. Fritz, sanguin notoire et orgueilleux flamboyant? Michalak, qui même si l´on ignore ce qui s´est passé lors du divorce avec le Stade Toulousain, change la donne dès qu´il rentre sur le terrain et n´a pas ni sa langue dans sa poche, ni son pareil dans l´aura sur le groupe?

En fin de compte, cette défaite retentissante entérine le crash de l´époque Lièvremont. Les quatre années écoulées n´ont rien apporté comme certitudes, presque rien amené de positif (hormis le Grand Chelem 2010), et ont sérieusement entamé le prestige rugbystique de l´équipe de France masculine de rugby. Et l´absence criante de jeu de passes fait que beaucoup déplorent la mort du French Flair, et sans aller jusque là, des racines joueuses héritées de maintes légendes françaises. Cela remonte à Laporte, à la décharge de l´entraîneur actuel, mais n´avaient-ils pas compris après le deuxième échec de 2007 que nous ne surpasserions jamais les Anglais à ce petit jeu-là?

Je ne sais rien de lui en tant que personne; parfois je l´aime bien, comme lorsque je vois sa déception sincère aujourd´hui en voyant le manque d´union de son groupe après la défaite; parfois il m´irrite au plus haut point, comme lorsqu´il dit assumer et ne se remet pas vraiment en cause, ou comme lorsqu´il se livre aux propos orduriers à l´encontre de la presse. Mais comme entraîneur... Quelle douloureuse débâcle. Après l´Argentine, l´Australie, l´Italie, il était évident que la France allait droit dans le mur. Surtout parce que beaucoup s´entêtaient à déclarer qu´il n´en était rien. Contre les Tonga, du fait du manque terrible d´envie des joueurs, la honte a submergé les supporters français, une fois encore. De manière profonde, même si je ne la crois pas irréversible, contrairement au traumatisme de 2010 en football.


Mais les problèmes structurels du rugby français existent bel et bien. Cette conjoncture a associé ces derniers à l´explosion en plein vol de toutes les qualités du rugby tricolore et au déni de toute grandeur d´âme sur le terrain, rendant la qualification pour les quarts ridicule, troublante même. Quoi qu´il arrive par la suite, je sais que l´équipe qui aurait mérité de poursuivre son chemin était les Tonga. Indépendamment d´un possible sursaut français, il n´y a pas le moindre doute dans mon esprit que l´équipe des Aigles du Pacifique, en livrant ce match enthousiaste et enthousiasmant, plein de joie et de communion avec ses supporters, en bouleversant la hiérarchie maintenue de main ferme par l´IRB, a rendu un bien plus fier service au rugby que Lièvremont en quatre ans et que cette équipe de France durant cette Coupe du Monde. Manquer ces trois essais a été bien dommage...

Sans prétention et sans complaisance, j´espère qu´une équipe belle et généreuse remportera la Coupe. Cette équipe-là ne saurait être la France, c´est tout.

C´est gagné! Enfin, dans le ridicule, quoi...

Voilà, on y est. Au comble de l´indigence, dans le fond du gouffre, au paroxysme de l´absurde. Et non, je ne parle pas seulement du niveau de l´équipe de France masculine de rugby, sur lequel je reviendrai dans un instant. Je pense en fait plus particulièrement aux points de vue pitoyablement bornés qui s´expriment sur les Bleus depuis le début de la Coupe du Monde.

Oh!, mais les gens, faudrait savoir faire la différence entre vos espoirs comme supporters et l´analyse réaliste du jeu, quoi! Je veux bien que vous conserviez l´espoir d´un point de vue émotionnel de voir la France battre à plates coutures les Anglais et même de devenir championne du monde, mais de là à vous insurger systématiquement dès que quelqu´un critique la bouillie d´équipe que l´on voit sur le terrain, cela relève de la volonté délibérée de jouer les autruches chauvines et moins clairvoyantes que des vers de terre pointant à la pétanque. Vous voulez que la France latte les Anglais et vous y croyez, c´est votre prérogative, mais que l´aspect analytique de vos interventions contienne quelque rapport avec la réalité, et cessez d´avancer des arguments qui ne se tiennent pas et qui constituent des insultes à l´honnêteté et à l´intelligence à la fois, du genre "on a été tellement mauvais que c´est un avantage pour le match qui vient, parce que l´équipe d´en face ne saura pas quoi faire", " les Français faut toujours qu´ils s´acharnent à tort et à travers sur leurs sélections", "ces gens qui ont jamais joué à ce sport devraient fermer leur gueule parce qu´ils ne savent que critiquer", ou encore "l´orgueil des Français va être piqué au vif pour le prochain match, on est dans la situation idéale".

Vous devriez lire ce que les journaux étrangers disent de la prestation du Quinze de France. Ces gens, pour certains experts, qui ne sont pas, eux, impliqués dans "les querelles de clocher" qui condamneraient les opinions pas reluisantes sur l´équipe de France, ces gens, donc, ne se privent pas de qualifier le match contre les Tonga de massacre de "l´une des équipes de Frances les plus faibles de l´histoire", qui a toute la consistance "de foie d´oie en rondelles". Ou bien de décrire l´équipe comme "dysfonctionnelle", ses joueurs comme "sans âme", et la défaite d´aujourd´hui de "surprise la plus retentissante de l´histoire de la Coupe du Monde".
Ceux et celles, d´un autre côté, qui pensent que les Français ne sont pas plus embêtés que ça parce qu´ils se sont déjà projetés vers le quart de finale et qu´ils sont sûrs d´eux et de leur jeu, en fait, eh bien, je ne sais même pas comment décrire une ineptie aussi monumentale. En deux secondes, énumérez-moi les deux derniers matches des Bleus où le collectif a fait mouche et était clairement bien huilé pendant toute la rencontre? J´attends toujours... Oui, cela fait plus d´un an que l´équipe de France se cherche à reculons, tâtonne désespérément et se prend les pieds dans le tapis, se vautre même telle une troupe désarçonnée de pantins dans la fange.

En ce qui concerne le fait que la France a 65 millions de sélectionneurs et qu´ils feraient mieux de fermer leur clapet, je ne peux que secouer la tête dans l´espoir qu´un cocotier saura remettre les choses à l´endroit. Si seuls les experts étaient censés ouvrir leur bouche, il ne resterait plus qu´à tous les sports et compétitions du monde à se déclarer en banqueroute, parce que leur public deviendrait d´un coup bien moins nombreux. Apprécier signifie évaluer en même temps que porter un regard positif, ignares de peu d´entendement. Comment voulez-vous que les fans se sentent passionnés par un jeu à moins qu´ils ne portent un jugement sur ce qu´ils voient? Ils regardent, ils se forment donc une opinion sur ce à quoi ils sont en train de consacrer leur attention. De manière indissociable, la critique et l´engouement voyagent liés chez les supporters. Bien évidemment, le manque de connaissances techniques et tactiques peut rendre certains avis (l´énorme majorité, même) peu pertinents dans certains cas, ou carrément erronés. La vérité du terrain, heureusement (ou hélas dernièrement), tranche à elle seule sur le bien-fondé des diverses observations...

Et puis de manière génerale, je sais qu´il est de bon ton pour certaines personnes de rabâcher que les Français, uniques même dans leur manque de patriotisme, sont bien les seuls à agir d´une certaine façon envers leurs joueurs et entraîneurs, mais rien ne confirme ce cliché éhonté. Dans la plupart des sports et des pays, les débats nationaux qui entourent les performances des sportifs autochtones regorgent de virulence, d´avis énergiques, de descentes en règle, d´hyperbole acerbe et enthousiaste, de fortes divergences d´opinion.

Enfin, venons-en au silence qui est exigé des journalistes et fans peu amènes vis-à-vis du Quinze de France, usant du prétexte que les Français sont qualifiés, qu´ils pourraient bien réaliser l´exploit face à l´Angleterre, aller en demi-finale, et que dans ce cas-là, tout le monde retournera sa veste et portera aux nues cette équipe de France. Au-delà de la fallacie manifeste que cette remarque implique (bien jouer un match rend invalide les opinions émises auparavant que les faits confirmaient, ah bon?), je voue aux gémonies ce manque rédhibitoire d´ambition. Bien sûr que vaincre les Anglais m´apporterait du plaisir! Mais à quoi joue l´équipe de France, exactement? A réaliser un exploit sur un match, et à se déclarer satisfaite de sa Coupe du Monde? A atteindre les quarts, la demi-finale, la finale, en ayant joué comme des nullards sans imagination et sans fureur, et se sentir comblée de son parcours? Mais enfin, nom d´un Zorglub à lunettes, pourquoi se contenter de la médiocrité lorsque le sport promet plus, bien plus?

Car ne vous y trompez pas, si les Bleus gagnent contre l´Angleterre, serait-ce au bout d´un match accompli et non de la bataille d´erreurs punies au pied qui s´annonce, la France serait alors arrivée en demi-finale après 1 bon match de toute la compétition. Un misérable, satané bon match. Contre le Japon et le Canada, la France s´est imposée sans briller, sans convaincre, sans dominer. Si l´IRB n´était pas plus corrompue que le cabinet de Poutine, si le Canada avait bénéficié du même temps de récupération, qui sait ce qui aurait pu se passer, même? En dépit de tout ce que certains ont pu écrire, la semaine dernière contre la Nouvelle-Zélande les Bleus n´ont pas montré un tout autre visage. Les Blacks ont cessé de jouer à partir de la 50ème minute environ, et les deux essais français, déjà peu prometteurs en soi, en perdent d´autant plus de valeur.

Vous satisfaites-vous donc vraiment de résultats dûs à l´Irlande (merci d´écarter l´Australie!) et au Canada (merci d´éliminer les Tonga pour nous!) à 90%?
Quelle honte. Quelle honte que de voir une médiocre équipe de misérables joueurs (c´est un constat que j´expliquerai dans un instant) dirigée par un minable entraîneur se voir offrir l´absolution rugbystique lorsqu´elle ne fait que bafouer les rêves du sport et du rugby.
Je veux une équipe qui croie en elle, qui exige tellement d´elle même qu´elle progresse sans cesse, qu´elle aille au-delà de toutes nos espérances, qu´elle se fasse peur peut-être, mais aussi qu´elle se fasse rêver elle-même non du fait de ses simples résultats mais du fait de la magie qu´elle dégage, magie qui serait ressentie tant dans les tribunes que sur le terrain. Je ne parle pas de l´état de grâce, non. Je parle d´un projet auxquels tous adhèreraient, d´une sérénité qui porterait l´équipe et se traduirait par la certitude d´aller de l´avant, au-delà des résultats, tel Toulouse où Novès peut ne rien gagner une année, mais pourtant le jeu toulousain continue à faire l´unanimité, et où le rêve ne perd jamais sa vigueur d´année en année. En France, nous portons aux nues l´équipe de France de 1999, pour son exploit face aux All Blacks. Et il est vrai que cela constitue à la fois le plus beau match de l´histoire du Mondial et le sommet du renversement de montagnes rugbystiques. Un match qui fera frissonner éternellement. Mais cela demeure un match. Non, je veux croire, plus qu´en une étoile filante, en une équipe. Celle que l´on nous promet, mais qu´on n´exige point, vu que l´on se contente de les voir jouer comme des branques pendant quatre ans pourvu qu´ils nous offrent un match qui vaille la peine.

Soyons clairs. Le bilan des quatre années de Lièvremont s´apparente à une traversée du désert maintenant que prend fin son mandat. Le début laissait transparaître de belles choses, que même le Grand Chelem 2010 ne parvint pas à façonner. Et toute la fin de l´année 2010 et la totalité de 2011 représentent un creux aussi terrifiant que profond, semblable au Knysna 2010 de l´équipe de France masculine de football, effectivement, n´en déplaise à certains.

Le Quinze de France ne possède certes pas une génération aussi forte que celle de 1995, et on ne peut pas attendre d´elle qu´elle dégage la même force tranquille et puissamment violente. Mais cela reste une excuse. Au cas où vous ne l´auriez pas remarqué, cette géneration des All Blacks aussi est loin d´être la meilleure équipe All Black de tous les temps. Trop dépendants de Carter, pas de domination absolue en troisième ligne, des arrières et ailiers exceptionnels mais pas extraterrestres (eh oui, le niveau de base de la Nouvelle-Zélande se trouve à des années-lumière...), bref, des points faibles que la fin des Tri-Nations et le début de la Coupe du Monde ont fait éclater au grand jour. Ils sont les plus forts, mais ils sont aussi prenables.
Vu que la Coupe du Monde se déroule là-bas, vous penseriez (et vous auriez complètement raison) que l´attente suscitée auprès des supporters (la quasi-totalité des Néo-Zélandais, de fait) ne trouvera de récompense que si les Blacks gagnent la Coupe du Monde, rien de moins. Les journaux s´inquiètent, cela est vrai. Les blessures, les passages à vide, les essais encaissés déclenchent l´angoisse et les prédictions catastrophiques éventuellement. Mais je veux bien parier trois chaussons aux poires et aux lardons que quel que soit le résultat de la Coupe du Monde, sauf si leurs rêves deviennent réalité (et j´avoue que je le leur souhaite), il serait vécu comme un drame, un drame national et dévastateur certes, mais en aucun cas comme la chronique d´un naufrage (mérité) annoncé.

Pourquoi? Parce qu´ils se font plaisir. Parce qu´ils se défoncent. Parce qu´ils jouent au rugby que leurs supporters attendent d´eux et aiment. Parce qu´ils jouent au rugby qu´eux-mêmes attendent d´eux et auquel ils rêvent depuis qu´ils sont petits, malgré les nombreuses approximations. Quand je lis Dusautoir parlant d´approximations dans le jeu des Bleus, je me marre noir. Quand la totalité de ton jeu y ressemble comme deux gouttes d´eau, ce n´est plus d´approximations dont on parle, mais d´une incapacité à jouer, d´une faillite totale à enchaîner deux bons gestes de rugby. Les Blacks restent fidèles à ce qui fait du rugby leur sport bien-aimé, qu´ils perdent ou qu´ils gagnent, sur le long terme. Perdre fait partie du haut niveau, et cette inévitabilité rend indispensable l´attachement à une certaine façon de voir le rugby.

C´est à cela que l´on fait allusion lorsque l´on se déclare consterné par le manque de projet de jeu de la France. C´est cela que l´on signale lorsque l´on stigmatise l´absence de fil conducteur dans cette sélection. L´équipe de France sous Lièvremont n´a aucune amarre. Elle a depuis longtemps fui les raisons qui font que les supporters aiment ce sport, et les joueurs de même. Voudriez-vous sincèrement me faire croire que les Français apprennent à jouer au rugby avec l´ambition absolue de pratiquer un jeu à l´anglaise? Le combat et la mêlée ont beau être les piliers d´une équipe, ils n´en constituent pas pour autant l´aboutissement d´un projet collectif.

Dans le sport, dans le rugby, on se voit offrir l´opportunité de construire dans la durée, en s´entraînant sans cesse, en essayant sans cesse, en maintenant le cap sur cet idéal duquel on tente de s´approcher pas à pas. Le carré, tel un terrain vague sur lequel les rêves de l´enfance règnent en une commune chaotique faite d´égalité et de lois implicites, promet la justice à qui veut bien, corps et âme, faire son auto-critique et s´en remettre à sa volonté.
J´y crus, pendant un temps. Mais cette ère Lièvremont a scandaleusement échoué. Elle a déjà trahi l´honnêteté et le courage qui guident tout sportif sur le long chemin de la gloire. Elle s´est vouée à la médiocrité à partir du moment où l´obscurité a commencé à tomber. Elle a chuté de tout son long, entraînant avec elle l´honneur et la joie d´être Rugby français.

Et aucune mauvaise foi ne saura y remédier.