La meilleure équipe de la Coupe du Monde a remporté la Coupe du Monde. Justice est faite. Enfin, pas trop en ce qui concerne le match. Toutes les statistiques favorisent les Bleus, et même si on ne peut pas parler d´une domination équivalente à celle de l´Afrique du Sud sur l´Australie par exemple, il est clair que si la France avait gagné ce match, du point de vue de la physionomie de la rencontre exclusivement, cela n´aurait pas constitué un vol.
Après, tout de même, vu le parcours de la France, il aurait été scandaleux que les Tricolores soient champions du monde. Malgré le match très courageux et plein d´allant qu´ils ont livré, les All Blacks sont parvenus à leurs fins, et le dénouement ne devrait guère laisser de goût amer dans la bouche des supporters français, si tant est qu´ils ont le courage de reconnaître l´incroyable (pour ne pas dire honteux par moments) concours de circonstances qui propulsa la France en finale .
Bravo aux All Blacks et à leur staff, qui a dû faire face à une pression inimaginable durant l´ensemble de la compétition. J´avoue volontiers que je rêvais de les voir produire un autre jeu en finale, mais l´enjeu a tué cette possibilité-là, et en fin de compte, peut-être devait-il en être ainsi pour que les Néo-Zélandais chassent définitivement certains de leurs démons. Weepu eut des hauts et des bas, et je pense que la charge de buteur lui pesa de trop; mais en l´absence de Carter, dur d´y remédier sans lui mettre un coup au moral. Stephen Donald inscrivit les points décisifs de cette Coupe. Quelle histoire... Kaino me déçut un peu, je dois le dire, sauf sur ses plaquages absolument monstrueux. Mais par contre, Read et McCaw réalisèrent un grand match. Vu que Dusautoir et Harinordoquy furent eux aussi à la hauteur, au contraire d´un Bonnaire en dedans, cela explique que le match ait été aussi serré. Comme je le pensais, la troisième ligne fut bien l´élément déterminant du match, cependant. Cela se tint à très très peu de choses, mais au bout du compte, la prise de balle de Kaino sur l´essai de Woodcock et l´erreur d´Harinordoquy qui entraîna l´ultime pénalité suffirent à faire choisir son camp au trophée William Webb Ellis.
Bravo aux joueurs français pour ce match. Ils se battirent sans relâche, et lors de l´interview d´après-match, Dusautoir me fit vraiment de la peine. Je persiste à penser que ce n´est pas le bon capitaine pour la France, mais c´est un grand bonhomme d´un point de vue sportif. Je regrette l´abattement de certains joueurs tricolores, mais par contre, je ne peux que me réjouir du fait que Lièvremont se voie refuser la consécration suprême. Ses déclarations après le match contre le Pays de Galles me l´ont rendu absolument insupportable et odieux.
Pour les All Blacks, que la victoire est superbe! Beaucoup d´entre eux tirent leur révérence au plus haut niveau sur ce titre, le plus beau d´entre tous au pays du rugby. Brad Thorn le mérite, lui, capitaine courage dur à la besogne. Conte de fée pour Muliaina également, qui aura atteint le panthéon des capes rugbystiques. Les Bleus avaient clairement étudié leurs adversaires, et ils évitèrent de chatouiller Cory Jane sur les ballons hauts. Malheureusement pour eux, Richard Kahui se montra présent et assez décisif tout au long de la rencontre.
Ce ne fut pas un grand match, loin de là, ni d´un côté ni de l´autre, mais l´engagement compensa d´un point de vue émotionnel les carences de jeu que laissèrent éclater au grand jour les deux équipes, structurelles d´un côté, liées au contexte particulier de l´autre. Les Bleus confirment qu´ils sont bien les pires adversaires des All Blacks, et les All Blacks confirment de leur côté qu´ils sont bien la meilleure équipe du monde. Justice is served.
23 oct. 2011
Poetry´s dilemma.
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