23 oct. 2011
Poetry´s dilemma.
Après, tout de même, vu le parcours de la France, il aurait été scandaleux que les Tricolores soient champions du monde. Malgré le match très courageux et plein d´allant qu´ils ont livré, les All Blacks sont parvenus à leurs fins, et le dénouement ne devrait guère laisser de goût amer dans la bouche des supporters français, si tant est qu´ils ont le courage de reconnaître l´incroyable (pour ne pas dire honteux par moments) concours de circonstances qui propulsa la France en finale .
Bravo aux All Blacks et à leur staff, qui a dû faire face à une pression inimaginable durant l´ensemble de la compétition. J´avoue volontiers que je rêvais de les voir produire un autre jeu en finale, mais l´enjeu a tué cette possibilité-là, et en fin de compte, peut-être devait-il en être ainsi pour que les Néo-Zélandais chassent définitivement certains de leurs démons. Weepu eut des hauts et des bas, et je pense que la charge de buteur lui pesa de trop; mais en l´absence de Carter, dur d´y remédier sans lui mettre un coup au moral. Stephen Donald inscrivit les points décisifs de cette Coupe. Quelle histoire... Kaino me déçut un peu, je dois le dire, sauf sur ses plaquages absolument monstrueux. Mais par contre, Read et McCaw réalisèrent un grand match. Vu que Dusautoir et Harinordoquy furent eux aussi à la hauteur, au contraire d´un Bonnaire en dedans, cela explique que le match ait été aussi serré. Comme je le pensais, la troisième ligne fut bien l´élément déterminant du match, cependant. Cela se tint à très très peu de choses, mais au bout du compte, la prise de balle de Kaino sur l´essai de Woodcock et l´erreur d´Harinordoquy qui entraîna l´ultime pénalité suffirent à faire choisir son camp au trophée William Webb Ellis.
Bravo aux joueurs français pour ce match. Ils se battirent sans relâche, et lors de l´interview d´après-match, Dusautoir me fit vraiment de la peine. Je persiste à penser que ce n´est pas le bon capitaine pour la France, mais c´est un grand bonhomme d´un point de vue sportif. Je regrette l´abattement de certains joueurs tricolores, mais par contre, je ne peux que me réjouir du fait que Lièvremont se voie refuser la consécration suprême. Ses déclarations après le match contre le Pays de Galles me l´ont rendu absolument insupportable et odieux.
Pour les All Blacks, que la victoire est superbe! Beaucoup d´entre eux tirent leur révérence au plus haut niveau sur ce titre, le plus beau d´entre tous au pays du rugby. Brad Thorn le mérite, lui, capitaine courage dur à la besogne. Conte de fée pour Muliaina également, qui aura atteint le panthéon des capes rugbystiques. Les Bleus avaient clairement étudié leurs adversaires, et ils évitèrent de chatouiller Cory Jane sur les ballons hauts. Malheureusement pour eux, Richard Kahui se montra présent et assez décisif tout au long de la rencontre.
Ce ne fut pas un grand match, loin de là, ni d´un côté ni de l´autre, mais l´engagement compensa d´un point de vue émotionnel les carences de jeu que laissèrent éclater au grand jour les deux équipes, structurelles d´un côté, liées au contexte particulier de l´autre. Les Bleus confirment qu´ils sont bien les pires adversaires des All Blacks, et les All Blacks confirment de leur côté qu´ils sont bien la meilleure équipe du monde. Justice is served.
15 oct. 2011
Bouillir de par la bouillie. Ou de bouées médiocres.
Sérieusement, c´est une honte. Ces Gallois étaient bien plus forts. Bien plus forts sur le terrain, bien plus forts dans la tête. J´ai honte pour le rugby aujourd´hui, mais ces Gallois ont livré un match qui prouve ce que c´est que de jouer avec le coeur, avec une organisation digne de ce nom, avec de l´inspiration aussi, même s´ils n´ont pas réussi à s´imposer. Un sentiment terrible de rage, de dégôut, d´injustice, vraiment.
Et pour être honnête, je me contrebalance des inepties qu´écriront les médias de l´hexagone. Même si les Bleus produisent du beau jeu en finale (ce que je n´espère pas), ce parcours est l´une des plus grandes escroqueries de l´histoire de ce sport. Tant pis pour Warburton, bravo à tous les autres Gallois, et vraiment, je regrette de les voir perdre un match qu´ils ont dominé de la tête et des épaules. Cette équipe de France ne vaut rien.
9 oct. 2011
D´adieux aux grands vents.
Mais ce qui me restera en mémoire pendant longtemps, ce qui a gravé sur cette rencontre exceptionnelle son empreinte inoubliable, ce dont je ne pouvais détacher mes yeux, c´est Victor Matfield. Un deuxième ligne comme cela, c´est à peine croyable. Quelle domination, quelle emprise absolue sur la touche. Un timing sublime, une capacité totale à se faire respecter dans les airs, le contrôle parfait des alignements et des combinaisons. Il est, et de loin, de très loin, le meilleur deuxième ligne du monde, insurpassable même pour d´autres grands talents comme O´Connell. Et c´était son dernier match!
En le voyant faire ses adieux, en voyant cette image de Matfield quittant pour la dernière fois un terrain de Coupe du Monde de rugby, quelle douleur, quelle sensation de perte, quel respect, quelle admiration pour sa façon de se retirer, cette dignité silencieuse.
Oui, je voulais parler du grand Matfield, et de Genia, qui est bien bon, un vrai malin, un joueur régulier et intelligent, qui a fait la différence lors de ce jour où Cooper s´est raté en beauté, excepté ce coup de pied en début de match qui trouva les Sud-Africains en mauvaise position, et de Samo, de Pocock, deux des plus grands espoirs de l´Australie contre les All Blacks, du mur infranchissable Pat McCabe (ses plaquages donnaient l´impression qu´il était fait de briques), et des fulgurances de Kurtley Beale. D´Ashley-Cooper inexistant, de Hougaard, assez insaisissable, des deux Du Plessis, deux joueurs que j´aime voir jouer pour leur engagement loyal et intelligent.
Vous savez, vu la réputation du rugby sud-africain, et le rugby parfois très restrictif qu´ils ont pu proposer, j´étais dans les meilleures dispositions d´esprit pour les détester. Quelle ne fut pas ma surprise de m´apercevoir qu´au contraire, ils étaient en train de livrer une partition passionnante de rugby. Les commentateurs évoquèrent à un moment donné la rumeur qui voulait que les éléments conspirent pour empêcher la présence des Australiens en demi-finale, du fait de l´antipathie historique entre Néo-Zélandais et Aussies. Au vu du match, on peut affirmer le contraire. Les décisions arbitrales ne me semblent pas indiscutablement scandaleuses, mais les Springboks n´ont pas été favorisés du tout par Bryce Lawrence.
Sentiment d´injustice? Je ne sais pas... Les manquements des Sud-Africains qui rendirent impossible l´essai retombent entièrement sur leurs épaules, et je pense qu´un seul essai aurait posé les fondements d´une victoire qui s´annonçait inéluctable. Ce match, malgré toutes les erreurs, les pertes de balle, les en-avant, les "presque" qui jonchaient le terrain telles des carcasses fanées dans un cimetière désolé a été une belle démonstration de la qualité de leur jeu, et m´a fait croire en eux. Merci à eux, merci à ces beaux Spingboks, et bonne chance aux Australiens, qui ne craquèrent jamais face aux vagues âpres et pas en mal d´inspiration de leurs adversaires.
Un bien beau match, bien que beaucoup s´empressent de contester cela vu le score étriqué et la quantité de fautes de main qu´il y a eues. Grossier manque d´appréciation de mon point de vue, tout comme les critiques émises à l´encontre du second match et des All Blacks en particulier. Rencontre, qui pour tout dire, me séduisit complètement.
Rythmée par le talent extraordinaire des All Blacks, et rendue superbe par l´opposition valeureuse des Argentins, qui ne se ratent jamais lors d´une grande compétition, eux, et font valoir tous les arguments qu´ils ont en leur faveur. Je suis loin d´élogier le jeur argentin, attention. Si jamais vous voulez un jour illustrer ce que signifie "pourrir le jeu", "pourrir les sorties de balle" pour quelqu´un qui trouverait la métaphore trop lourde, revoir ce match servirait d´accusation implacable. Qu´un seul carton leur soit tombé dessus relève d´une grande mansuétude. Mais les Argentins, conscients de leurs limites, se livrent avec sincérité à leur forme de rugby, en toutes circonstances. Et on voyait à quel point ils respectaient les Blacks, une admiration sans prétention pouvant se lire dans leurs yeux chaque fois qu´ils parvenaient in extremis à endiguer les incroyables attaques néo-zélandaises grâce à leur admirable défense.
Les Blacks, justement. Partout, il y a des amateurs du rugby qui souhaitent leur triomphe dans cette Coupe du Monde, avec chaleur, avec sincérité, avec enthousiasme. Parce que leur jeu le mérite bien, et il n´y a rien d´autre à dire. Et parce que la candeur des Néo-Zélandais sur un terrain de rugby, cette volonté de créer, de déborder, de couper le terrain par des courses toujours vers l´avant, vers la terre promise, regorge de promesses sincères d´un jeu universellement meilleur. J´en suis, de ces fans idéalistes.
Alors il y a bien des choses sur lesquelles s´attarder, l´utilité sans faille de Kaino, la transparence relative de Conrad Smith, ces centimètres qui manquent à Read en première mi-temps et qui auraient chamboulé la physionomie du match, cette passe incompréhensible au pied de Toeava alors que les Blacks n´avaient toujours pas inscrit d´essai et que le surnombre en bout de ligne était flagrant, la très belle prestation de Woodcock, Mealamu et Franks face à la première ligne argentine, pourtant pas la première venue, ou encore le flegme de Graham Henry dans sa cabine.
Pourtant, pour moi, il y a une évidence.
Clairement, dans les chaumières du Pays au Long Nuage Blanc ce soir, les prières aux dieux du stade doivent avoir un but bien précis. Cela semblera peut-être le pire des blasphèmes, mais plus encore que la blessure malheureuse de Carter, l´absence que tous les supporters des All Blacks doivent redouter, c´est celle de Piri Weepu. Alors lui, il a tout bon. Systématiquement, et depuis le début du mondial. Sa transformation manquée sur le premier essai constituait son premier raté du tournoi! Mais sa réussite parfaite au pied, qui semble ne pas faire le moindre doute, et le stade entier d´Auckland paraissait d´ailleurs ne jamais succomber à l´angoisse lorsqu´il s´apprêtait à buter, ne représente guère qu´une infime partie de son influence sur son équipe.
Les coups de pied dans le jeu de Weepu me firent bondir plusieurs fois. Sublimes, magnifiques, tout simplement. Dosage parfait, lecture du jeu impeccable, décision créant instantanément le danger, ballon atterrissant exactement là où ses coéquipiers pouvaient en faire meilleur usage... Des passes comme celle qu´il fait en diagonale pour Cory Jane, on les attend la vie durant quand on aime le sport, et on les contemple à chaque fois avec émerveillement. J´avoue sans vergogne être sous le charme de celui qui est pour moi LE joueur du Mondial. Il ne transperce pas les murailles comme Genia en partant au ras des regroupements, mais ses passes à la main, son aura, son sens stratégique ne connaissent pas de trou d´air. Le voilà, le métronome des All Blacks, le dépositaire des espoirs des Néo-Zélandais. Et il est dur au mal, pas du genre à se décourager dans la difficulté.
Ce match contre les Argentins, en plus d´être superbe, honnêtement j´ai du mal à comprendre les grincheux, va faire un grand bien aux Blacks. Il a fallu qu´ils s´accrochent, qu´ils se battent, qu´ils prennent les points de pénalité, et ils ne se sont jamais laissés aller, ils n´ont jamais cessé d´aller vers l´avant en prenant des risques mesurés, de croire en leurs joueurs. Seule leur défense, un peu suspecte pour le moment, me cause une certaine inquiétude. Mais quand on voyait les poussées des All Blacks sur les mêlées, on comprenait à quel point leur envie restera sans équivalent maintenant qu´ils se trouvent poussés par leur public. Espérons que cela les aidera à colmater les brèches face aux Australiens, rencontre monumentale qui s´annonce. Cooper ne va pas se rater une deuxième fois je pense, et le jeu des néo-zélandais se prête plus aux grandes envolées des trois-quarts australiens qu´ils affectionnent particulièrement. Attention par exemple à Ashley-Cooper! Lui aussi risque de montrer le bout de son nez.
Mais je reviendrai plus tard sur ce prochain match. Ce n´est pas comme si les All Blacks ne débordaient pas de talent en ce qui concerne leurs trois-quarts.... Quelles percées de Cory Jane et de Sonny Bill Williams (en tant qu´ailier, c´est à remarquer)! Je pense que peu de défenses, si ce n´est aucune, ne sauront contenir les All Blacks comme le firent les Argentins, qui ont effectué un travail absolument remarquable face aux équilibristes puissants, créatifs et déterminés qu´étaient les Néo-Zélandais en face.
Non, décidément, ces deux matches d´aujourd´hui m´ont fait aimer le rugby comme rarement, et ont porté bien haut le drapeau des valeurs auxquelles la majorité des rugbymen proclament leur amour. Humilité, combat, amour du jeu et du sacrifice, respect de l´adversaire... Je voudrais tout spécialement souligner la qualité humaine qu´impliquent les interviews d´après match que les 4 capitaines ont données. John Smit et Felipe Contepomi , même en proie à une déception immense, à une tristesse soutenue du fait des retraites qui s´abattirent sur leurs équipes aussitôt le coup de sifflet final donné, répondirent de bon gré, avec une sincérité pas feinte du tout, louant la qualité de l´équipe qui les élimina, et rendant un bel hommage à la bataille dont ils se trouvèrent être les perdants. Quant aux vainqueurs, point de triomphalisme méprisant, point d´euphorie qui oublierait les autres protagonistes de ces grands duels, point de tentative d´intimidation de qui que ce soit. Entre ceci et l´image du monument Matfield conscient qu´il s´éloignait pour toujours, voilà le sport auquel j´aspire.
Un grand jour de rugby.
1 oct. 2011
"On ne va pas tomber dans l'analyse technique et tactique du match."
Puisque, paraît-il, il faudrait ne jamais regarder en arrière pour construire un futur plus alléchant, faisons précisément le contraire. Je ne vois pas comment il serait idoine de fermer les yeux, à moins bien sûr de faire partie de ceux qu´un trou de mémoire bénéficierait.
Beaucoup de fans de l´équipe de France (et de rugby) soupçonnaient que le match contre les Tonga continuerait la série de performances peu enthousiasmantes des Bleus sous Lièvremont. Je faisais partie de ce contingent-là. Et, je l´avoue sans peine, pas même mon cynisme ne s´attendait aux carences absolues et pathétiques montrées par le Quinze de France. Revenons sur les faits marquants de ce non-jeu.
Pathétique.
-La défense. Une vraie passoire. Pas bien placés sur la plupart des percées des Aigles du Pacifique, en particulier côté fort, près des regroupements antérieurs. Pendant les séquences de jeu au près, les Français subissaient automatiquement à l´impact, reculaient de deux mètres, et les adversaires pouvaient systématiquement libérer la balle dans de bonnes conditions. Quelques placages ratés, mais surtout, surtout, toujours pris de court, jamais dans les temps en défense pour pouvoir chiper le ballon. Une faillite plus collective qu´individuelle, même si certains ont particulièrement souffert.
-Yachvili. A part ses pénalités, il a vraiment été en dessous de tout. Que de passes dans le vide, mal éxécutées techniquement, qui rebondissaient, qui ralentissaient le jeu! Quel contraste face à Moa, l´un des meilleurs Aigles en face, qui franchissait régulièrement la ligne française et insuffla plusieurs fois la panique dans le camp tricolore.
-Les centres. Mermoz et Rougerie ont vraiment accompli un grand exploit contre les Tonga. Rendre indiscutables aux yeux de tous les déclarations des frères Maka sur le manque de jugeote des décideurs bleus qui choisirent de laisser Jauzion, Fritz et Poitrenaud en France. Mermoz a peut-être de la classe, mais il lui manque, et il lui a toujours manqué, la constance et la sécurité nécessaires pour s´imposer au plus haut niveau mondial comme un centre incontournable. Jauzion possède toute la panoplie des cracks; Mermoz n´en possède que des fulgurances. Rougerie, lui, a vraiment peiné aujourd´hui au niveau du positionnement et de la défense. Il peut être redoutable lorsqu´il a de l´espace et que ses coéquipiers sont bien en place, mais ce n´était pas le cas, et il a été l´un des plus fantômatiques sur le rectangle vert. Et cela, c´est en ce qui concerne l´attaque. En défense, il manque de niveau, tout simplement. Jamais bien placé, pas terrifiant.
Mention spéciale à Estebañez, qui aura fait un petit tour, pénalisé son équipe en se faisant expulser pour un geste évidemment sanctionnable, et puis s´en va.
-Dusautoir. Pas le joueur, je le précise, mais le capitaine. Nous y reviendrons longuement à la fin.
Passable, avec quelques hauts et plutôt des bas.
-Parra. Je le déclare tout net, je ne l´aime pas. N´empêche, lors de tous ses matches au poste d´ouvreur, on ne peut pas lui reprocher de reculer et de baisser les bras. Sa défense est évidemment suspecte, mais il n´a pas décidé de son gabarit, et au niveau du dévouement à l´équipe, il répond présent. Offensivement, son apport frôle le néant du point de vue de l´efficacité. Pas de sa faute. Un en-avant certes évitable, mais au milieu du vide intersidéral qu´il y avait côté Bleu, cela ne constitue point une offense capitale.
-La troisième ligne. Bonnaire s´est pas mal planté, et il a coûté cher sur les réceptions de ballons hauts, donc on ne peut vraiment pas dire qu´il a surnagé. Après, on l´a vu, et il n´a pas été un trou noir, alors... Dusautoir n´a pas eu la domination totale qu´il propose normalement en défense, même s´il a été le meilleur plaqueur du match. Et puis des choix de jeu pas très clairvoyants en attaque. Lakafia n´a pas impressionné, contrairement à ce que j´ai lu ailleurs. Il perd la balle qui amène l´essai, il coûte une pénalité... Je n´ai absolument rien vu qui me fasse penser qu´il peut faire basculer des matches. C´est vrai qu´il n´a pas l´air d´être le genre de joueur qui peut se trouer en beauté en défense, et qu´il montre pas mal d´activité en attaque. Mais je le trouve plus besogneux qu´autre chose.
Quand on compare avec la troisième ligne des Tonga, qui a tout ravagé sur son passage... (même s´ils n´ont pas su inscrire les salutaires essais du bonus)
-Servat. Lui par contre, on est en droit d´en attendre beaucoup. Il dégage quelque chose sur le terrain. Pas lors de ce match-ci. Quand je l´ai vu échouer sur la ligne, lors de la 26ème minute, j´ai compris que les Français n´y étaient pas, et qu´ils allaient manquer de lucidité et d´esprit collectif au moment de conclure. William a beau être un des meilleurs joueurs français, on a eu l´impression qu´il voulait sauver l´équipe sur ce coup par une action individuelle. Ce n´était pas le match pour cela, et cela échoua. Pas son match. Mais il est meilleur que Szarzewski, c´est clair. Lui avance sur le terrain, et ses charges font mal. Ce que ses adversaires savent.
-La mêlée. Soi-disant LE point fort des Bleus. Eh bien, cela ne s´est pas vu. Elle a été tenue en échec par les Tonga presque tout le temps. Quelques bons moments, quelques uns pas en leur faveur non plus. Si on ne peut compter que sur elle pour expédier le Quinze de France au paradis, on reste loin du compte.
Relativement acceptable, et par moments on avait envie d´y croire.
-Le triangle arrière. Plus Palisson et Médard que Clerc, qui a un peu déçu. Palisson a montré de belles dispositions. Cela ne veut pas dire que j´en fais un ailier indiscutable, attention, mais il ose et est tranchant. Pas assez quand même... Sa défense non plus ne frisa pas le ridicule. Médard est clairement l´un des seuls joueurs tricolores capables de faire se lever les foules. Ses courses n´ont pas d´équivalent en France. Il a de la vista et de l´audace. Pas non plus un match d´anthologie. Il n´est pas entouré comme à Toulouse et il pâtit du manque de structure en attaque, bien sûr. Sa défense ne sera jamais enthousiasmante je crois, mais sur ce match, il n´a pas évité tout contact, et n´a eu aucune boulette énorme. Clerc a été en dedans. Il n´a pas trop déchiré le rideau défensif des Tonga. Mais lui, il a de l´intelligence de jeu. Quand il faut rester debout pour que le soutien arrive, il le fait. Ce qui, vu son gabarit et celui des trois Aigles qu´il avait dessus, est assez méritoire. Et puis il y a son essai. Pas un bon match, mais lui ne se loupe pas à l´heure de conclure. En plus, quand on sait que c´est son essai du bonus à la fin du match contre le Canada qui envoie la France en quart...
-Harinordoquy. Son entrée a remobilisé un tout petit peu les Français, et lui aussi sait où il va sur le terrain. Enfin, relativement, vu le marasme collectif... Et lui aussi avance au contact.
Dans l´ensemble, quel rayon de soleil éclatant retirer de cette rencontre? AU-CUN. L´ambiance les plombe, cela ne fait aucun doute. Pas l´ambiance extérieure, hein, je tiens à le préciser. Cela n´est peut-être pas facile à vivre, mais ce que les médias disent n´est en aucun cas responsable des performances de l´équipe. Il s´agit de sportifs de haut niveau, et on ne peut vraiment pas comparer avec la pression que subissent constamment les joueurs du Real Madrid au football ou du Canada en hockey sur glace. Non, l´atmosphère interne. Je n´ai aucune idée de la façon dont vit le groupe. Mais des personnes qui vivent ensemble depuis 3 mois, qui jouent au sport ensemble et qui ne se comprennent absolument pas, c´est que quelque chose cloche sérieusement. Revoyez les images du match. Ils ne se parlent pas, ne se regardent même pas lors des temps morts, ne s´entourent pas, ne communiquent pas. Ne se soutiennent pas, ne se défient pas.
C´est pour cela que je parle de joueurs misérables. La révolte, personne ne te l´apprend, personne ne te l´indique. Tu la commences, et qui m´aime me suive! S´ils sont paumés sur le terrain, regardons du côté de l´entraîneur. Mais quand ils sont paumés sur le plan de l´état d´esprit? Ils portent certainement une part de responsabilité de ce point de vue-là.
Dusautoir n´a à aucun moment montré la voie à suivre. Pas de feu sacré extériorisé, pas de rassemblement. Vous me direz, après tout, tous les capitaines n´ont pas besoin d´être comme cela, et je suis bien d´accord. Le problème, bien entendu, repose sur le constat implacable que pas un joueur n´a su faire quoi que ce soit pour que l´équipe reprenne et ses esprits et courage. Pas un. Cela retombe donc sur le Capitaine. Dusautoir a énormément de qualités, mais pas suffisamment pour en faire un grand meneur. Et cela, on le sait depuis quelque temps. Pourquoi Lièvremont n´a pas choisi quelqu´un de plus magnétique? Pourquoi, de manière générale, n´y a-t-il pas de joueurs charismatiques, fous, grognards et fiers de l´être, irrépressibles et fortes têtes?
Sans connaître l´intimité de l´équipe, force est de constater que le sélectionneur a laissé de côté bon nombre de joueurs pour des raisons peu évidentes. Fritz, sanguin notoire et orgueilleux flamboyant? Michalak, qui même si l´on ignore ce qui s´est passé lors du divorce avec le Stade Toulousain, change la donne dès qu´il rentre sur le terrain et n´a pas ni sa langue dans sa poche, ni son pareil dans l´aura sur le groupe?
Je ne sais rien de lui en tant que personne; parfois je l´aime bien, comme lorsque je vois sa déception sincère aujourd´hui en voyant le manque d´union de son groupe après la défaite; parfois il m´irrite au plus haut point, comme lorsqu´il dit assumer et ne se remet pas vraiment en cause, ou comme lorsqu´il se livre aux propos orduriers à l´encontre de la presse. Mais comme entraîneur... Quelle douloureuse débâcle. Après l´Argentine, l´Australie, l´Italie, il était évident que la France allait droit dans le mur. Surtout parce que beaucoup s´entêtaient à déclarer qu´il n´en était rien. Contre les Tonga, du fait du manque terrible d´envie des joueurs, la honte a submergé les supporters français, une fois encore. De manière profonde, même si je ne la crois pas irréversible, contrairement au traumatisme de 2010 en football.
Mais les problèmes structurels du rugby français existent bel et bien. Cette conjoncture a associé ces derniers à l´explosion en plein vol de toutes les qualités du rugby tricolore et au déni de toute grandeur d´âme sur le terrain, rendant la qualification pour les quarts ridicule, troublante même. Quoi qu´il arrive par la suite, je sais que l´équipe qui aurait mérité de poursuivre son chemin était les Tonga. Indépendamment d´un possible sursaut français, il n´y a pas le moindre doute dans mon esprit que l´équipe des Aigles du Pacifique, en livrant ce match enthousiaste et enthousiasmant, plein de joie et de communion avec ses supporters, en bouleversant la hiérarchie maintenue de main ferme par l´IRB, a rendu un bien plus fier service au rugby que Lièvremont en quatre ans et que cette équipe de France durant cette Coupe du Monde. Manquer ces trois essais a été bien dommage...
Sans prétention et sans complaisance, j´espère qu´une équipe belle et généreuse remportera la Coupe. Cette équipe-là ne saurait être la France, c´est tout.
C´est gagné! Enfin, dans le ridicule, quoi...
Oh!, mais les gens, faudrait savoir faire la différence entre vos espoirs comme supporters et l´analyse réaliste du jeu, quoi! Je veux bien que vous conserviez l´espoir d´un point de vue émotionnel de voir la France battre à plates coutures les Anglais et même de devenir championne du monde, mais de là à vous insurger systématiquement dès que quelqu´un critique la bouillie d´équipe que l´on voit sur le terrain, cela relève de la volonté délibérée de jouer les autruches chauvines et moins clairvoyantes que des vers de terre pointant à la pétanque. Vous voulez que la France latte les Anglais et vous y croyez, c´est votre prérogative, mais que l´aspect analytique de vos interventions contienne quelque rapport avec la réalité, et cessez d´avancer des arguments qui ne se tiennent pas et qui constituent des insultes à l´honnêteté et à l´intelligence à la fois, du genre "on a été tellement mauvais que c´est un avantage pour le match qui vient, parce que l´équipe d´en face ne saura pas quoi faire", " les Français faut toujours qu´ils s´acharnent à tort et à travers sur leurs sélections", "ces gens qui ont jamais joué à ce sport devraient fermer leur gueule parce qu´ils ne savent que critiquer", ou encore "l´orgueil des Français va être piqué au vif pour le prochain match, on est dans la situation idéale".
Vous devriez lire ce que les journaux étrangers disent de la prestation du Quinze de France. Ces gens, pour certains experts, qui ne sont pas, eux, impliqués dans "les querelles de clocher" qui condamneraient les opinions pas reluisantes sur l´équipe de France, ces gens, donc, ne se privent pas de qualifier le match contre les Tonga de massacre de "l´une des équipes de Frances les plus faibles de l´histoire", qui a toute la consistance "de foie d´oie en rondelles". Ou bien de décrire l´équipe comme "dysfonctionnelle", ses joueurs comme "sans âme", et la défaite d´aujourd´hui de "surprise la plus retentissante de l´histoire de la Coupe du Monde".
Ceux et celles, d´un autre côté, qui pensent que les Français ne sont pas plus embêtés que ça parce qu´ils se sont déjà projetés vers le quart de finale et qu´ils sont sûrs d´eux et de leur jeu, en fait, eh bien, je ne sais même pas comment décrire une ineptie aussi monumentale. En deux secondes, énumérez-moi les deux derniers matches des Bleus où le collectif a fait mouche et était clairement bien huilé pendant toute la rencontre? J´attends toujours... Oui, cela fait plus d´un an que l´équipe de France se cherche à reculons, tâtonne désespérément et se prend les pieds dans le tapis, se vautre même telle une troupe désarçonnée de pantins dans la fange.
En ce qui concerne le fait que la France a 65 millions de sélectionneurs et qu´ils feraient mieux de fermer leur clapet, je ne peux que secouer la tête dans l´espoir qu´un cocotier saura remettre les choses à l´endroit. Si seuls les experts étaient censés ouvrir leur bouche, il ne resterait plus qu´à tous les sports et compétitions du monde à se déclarer en banqueroute, parce que leur public deviendrait d´un coup bien moins nombreux. Apprécier signifie évaluer en même temps que porter un regard positif, ignares de peu d´entendement. Comment voulez-vous que les fans se sentent passionnés par un jeu à moins qu´ils ne portent un jugement sur ce qu´ils voient? Ils regardent, ils se forment donc une opinion sur ce à quoi ils sont en train de consacrer leur attention. De manière indissociable, la critique et l´engouement voyagent liés chez les supporters. Bien évidemment, le manque de connaissances techniques et tactiques peut rendre certains avis (l´énorme majorité, même) peu pertinents dans certains cas, ou carrément erronés. La vérité du terrain, heureusement (ou hélas dernièrement), tranche à elle seule sur le bien-fondé des diverses observations...
Et puis de manière génerale, je sais qu´il est de bon ton pour certaines personnes de rabâcher que les Français, uniques même dans leur manque de patriotisme, sont bien les seuls à agir d´une certaine façon envers leurs joueurs et entraîneurs, mais rien ne confirme ce cliché éhonté. Dans la plupart des sports et des pays, les débats nationaux qui entourent les performances des sportifs autochtones regorgent de virulence, d´avis énergiques, de descentes en règle, d´hyperbole acerbe et enthousiaste, de fortes divergences d´opinion.
Enfin, venons-en au silence qui est exigé des journalistes et fans peu amènes vis-à-vis du Quinze de France, usant du prétexte que les Français sont qualifiés, qu´ils pourraient bien réaliser l´exploit face à l´Angleterre, aller en demi-finale, et que dans ce cas-là, tout le monde retournera sa veste et portera aux nues cette équipe de France. Au-delà de la fallacie manifeste que cette remarque implique (bien jouer un match rend invalide les opinions émises auparavant que les faits confirmaient, ah bon?), je voue aux gémonies ce manque rédhibitoire d´ambition. Bien sûr que vaincre les Anglais m´apporterait du plaisir! Mais à quoi joue l´équipe de France, exactement? A réaliser un exploit sur un match, et à se déclarer satisfaite de sa Coupe du Monde? A atteindre les quarts, la demi-finale, la finale, en ayant joué comme des nullards sans imagination et sans fureur, et se sentir comblée de son parcours? Mais enfin, nom d´un Zorglub à lunettes, pourquoi se contenter de la médiocrité lorsque le sport promet plus, bien plus?
Car ne vous y trompez pas, si les Bleus gagnent contre l´Angleterre, serait-ce au bout d´un match accompli et non de la bataille d´erreurs punies au pied qui s´annonce, la France serait alors arrivée en demi-finale après 1 bon match de toute la compétition. Un misérable, satané bon match. Contre le Japon et le Canada, la France s´est imposée sans briller, sans convaincre, sans dominer. Si l´IRB n´était pas plus corrompue que le cabinet de Poutine, si le Canada avait bénéficié du même temps de récupération, qui sait ce qui aurait pu se passer, même? En dépit de tout ce que certains ont pu écrire, la semaine dernière contre la Nouvelle-Zélande les Bleus n´ont pas montré un tout autre visage. Les Blacks ont cessé de jouer à partir de la 50ème minute environ, et les deux essais français, déjà peu prometteurs en soi, en perdent d´autant plus de valeur.
Vous satisfaites-vous donc vraiment de résultats dûs à l´Irlande (merci d´écarter l´Australie!) et au Canada (merci d´éliminer les Tonga pour nous!) à 90%?
Quelle honte. Quelle honte que de voir une médiocre équipe de misérables joueurs (c´est un constat que j´expliquerai dans un instant) dirigée par un minable entraîneur se voir offrir l´absolution rugbystique lorsqu´elle ne fait que bafouer les rêves du sport et du rugby.
Je veux une équipe qui croie en elle, qui exige tellement d´elle même qu´elle progresse sans cesse, qu´elle aille au-delà de toutes nos espérances, qu´elle se fasse peur peut-être, mais aussi qu´elle se fasse rêver elle-même non du fait de ses simples résultats mais du fait de la magie qu´elle dégage, magie qui serait ressentie tant dans les tribunes que sur le terrain. Je ne parle pas de l´état de grâce, non. Je parle d´un projet auxquels tous adhèreraient, d´une sérénité qui porterait l´équipe et se traduirait par la certitude d´aller de l´avant, au-delà des résultats, tel Toulouse où Novès peut ne rien gagner une année, mais pourtant le jeu toulousain continue à faire l´unanimité, et où le rêve ne perd jamais sa vigueur d´année en année. En France, nous portons aux nues l´équipe de France de 1999, pour son exploit face aux All Blacks. Et il est vrai que cela constitue à la fois le plus beau match de l´histoire du Mondial et le sommet du renversement de montagnes rugbystiques. Un match qui fera frissonner éternellement. Mais cela demeure un match. Non, je veux croire, plus qu´en une étoile filante, en une équipe. Celle que l´on nous promet, mais qu´on n´exige point, vu que l´on se contente de les voir jouer comme des branques pendant quatre ans pourvu qu´ils nous offrent un match qui vaille la peine.
Soyons clairs. Le bilan des quatre années de Lièvremont s´apparente à une traversée du désert maintenant que prend fin son mandat. Le début laissait transparaître de belles choses, que même le Grand Chelem 2010 ne parvint pas à façonner. Et toute la fin de l´année 2010 et la totalité de 2011 représentent un creux aussi terrifiant que profond, semblable au Knysna 2010 de l´équipe de France masculine de football, effectivement, n´en déplaise à certains.
Le Quinze de France ne possède certes pas une génération aussi forte que celle de 1995, et on ne peut pas attendre d´elle qu´elle dégage la même force tranquille et puissamment violente. Mais cela reste une excuse. Au cas où vous ne l´auriez pas remarqué, cette géneration des All Blacks aussi est loin d´être la meilleure équipe All Black de tous les temps. Trop dépendants de Carter, pas de domination absolue en troisième ligne, des arrières et ailiers exceptionnels mais pas extraterrestres (eh oui, le niveau de base de la Nouvelle-Zélande se trouve à des années-lumière...), bref, des points faibles que la fin des Tri-Nations et le début de la Coupe du Monde ont fait éclater au grand jour. Ils sont les plus forts, mais ils sont aussi prenables.
Vu que la Coupe du Monde se déroule là-bas, vous penseriez (et vous auriez complètement raison) que l´attente suscitée auprès des supporters (la quasi-totalité des Néo-Zélandais, de fait) ne trouvera de récompense que si les Blacks gagnent la Coupe du Monde, rien de moins. Les journaux s´inquiètent, cela est vrai. Les blessures, les passages à vide, les essais encaissés déclenchent l´angoisse et les prédictions catastrophiques éventuellement. Mais je veux bien parier trois chaussons aux poires et aux lardons que quel que soit le résultat de la Coupe du Monde, sauf si leurs rêves deviennent réalité (et j´avoue que je le leur souhaite), il serait vécu comme un drame, un drame national et dévastateur certes, mais en aucun cas comme la chronique d´un naufrage (mérité) annoncé.
Pourquoi? Parce qu´ils se font plaisir. Parce qu´ils se défoncent. Parce qu´ils jouent au rugby que leurs supporters attendent d´eux et aiment. Parce qu´ils jouent au rugby qu´eux-mêmes attendent d´eux et auquel ils rêvent depuis qu´ils sont petits, malgré les nombreuses approximations. Quand je lis Dusautoir parlant d´approximations dans le jeu des Bleus, je me marre noir. Quand la totalité de ton jeu y ressemble comme deux gouttes d´eau, ce n´est plus d´approximations dont on parle, mais d´une incapacité à jouer, d´une faillite totale à enchaîner deux bons gestes de rugby. Les Blacks restent fidèles à ce qui fait du rugby leur sport bien-aimé, qu´ils perdent ou qu´ils gagnent, sur le long terme. Perdre fait partie du haut niveau, et cette inévitabilité rend indispensable l´attachement à une certaine façon de voir le rugby.
C´est à cela que l´on fait allusion lorsque l´on se déclare consterné par le manque de projet de jeu de la France. C´est cela que l´on signale lorsque l´on stigmatise l´absence de fil conducteur dans cette sélection. L´équipe de France sous Lièvremont n´a aucune amarre. Elle a depuis longtemps fui les raisons qui font que les supporters aiment ce sport, et les joueurs de même. Voudriez-vous sincèrement me faire croire que les Français apprennent à jouer au rugby avec l´ambition absolue de pratiquer un jeu à l´anglaise? Le combat et la mêlée ont beau être les piliers d´une équipe, ils n´en constituent pas pour autant l´aboutissement d´un projet collectif.
Dans le sport, dans le rugby, on se voit offrir l´opportunité de construire dans la durée, en s´entraînant sans cesse, en essayant sans cesse, en maintenant le cap sur cet idéal duquel on tente de s´approcher pas à pas. Le carré, tel un terrain vague sur lequel les rêves de l´enfance règnent en une commune chaotique faite d´égalité et de lois implicites, promet la justice à qui veut bien, corps et âme, faire son auto-critique et s´en remettre à sa volonté.
J´y crus, pendant un temps. Mais cette ère Lièvremont a scandaleusement échoué. Elle a déjà trahi l´honnêteté et le courage qui guident tout sportif sur le long chemin de la gloire. Elle s´est vouée à la médiocrité à partir du moment où l´obscurité a commencé à tomber. Elle a chuté de tout son long, entraînant avec elle l´honneur et la joie d´être Rugby français.
Et aucune mauvaise foi ne saura y remédier.
17 juin 2010
Un Mémé et trois cercueils.
Qui, depuis quelques années, prenait sincèrement du plaisir en voyant jouer Les Bleus? Depuis l´après-2006, personne ou presque.
Aimé Jacquet a déclaré que le bilan de Domenech était globalement bon, et qu´il était victime d´un lynchage médiatique et populaire similaire à celui que lui-même avait vécu. Que puisque Domenech avait fait un beau travail, il fallait garder confiance en cette équipe, et qu´elle pouvait avancer dans cette Coupe du Monde 2010.
Certes, je n´approuve guère les accusations concernant la vie personnelle de l´entraîneur de l´équipe de France, ni les moqueries sur les relations intimes qui le lieraient à certains des joueurs.
Mais pour le reste...
Raymond Domenech est critiqué depuis des années maintenant pour son schéma de jeu trop conservateur, le choix des joueurs, et le manque criant de cohésion sur le terrain.
Cela dure depuis avant même la précédente édition de la Coupe du Monde, d´ailleurs. Quatre and plus tard, qu´est-ce qui a été modifié?
Rien. Rien, strictement rien. Ce qui signe l´arrêt de mort des Bleus, aujourd´hui, c´est exactement tout ce qui a été décrié depuis des dizaines de matches, exactement les mêmes défauts dont Domenech déclare pérpétuellement qu´il "s´en fout".
Non, Mr Jacquet, la situation n´a rien à voir. Votre équipe de France, depuis l´Euro 96, avait démontré une belle assise défensive, une solidité remarquable au milieu de terrain, des esquisses de créativité, et surtout, un état d´esprit irréprochable. L´animation offensive faisait quelque peu défaut, certes, mais il ne faisait aucun doute que l´équipe de France s´était trouvé une identité.
L´équipe de France, aujourd´hui?
Une défense poreuse et instable, un milieu de terrain médiocre, et une attaque navrante, inexistante même.
Rien, il n´y a rien eu aujourd´hui de digne dans cette équipe. Après le premier but, combien de temps restait-il aux Bleus pour égaliser et revenir dans le match? Plus d´une grosse demi-heure. Que s´est-il passé, alors?
Rien. Combien d´occasions? Une. Une seule occasion alors que l´équipe était dans une situation désespérée, qu´elle se savait poussée vers l´élimination.
A aucun moment on n´a senti que les choses pouvaient changer, que les Bleus étaient en mesure de porter le danger sur le but adverse. Et cela, ce n´est plus une question de talent, même plus une question de schéma tactique. C´est une question de motivation.
Les Bleus n´avaient pas envie de jouer, de s´arracher les tripes, de se donner sur le terrain. Aucune révolte, aucune envie. Aucun éclair, aucune hargne, aucun orgueil, aucun amour pour le jeu, aucun football.
Le voilà, le constat le plus accablant de tous.
Non, Mr Jacquet, le travail de Raymond Domenech comme entraîneur de l´équipe de France de football masculine mérite plus que d´être accablé. Il est vilipendé, avec raison.
Avoir des convictions est une chose, mais être incapable de s´adapter en est une autre. Et vu la manière dont Domenech envoyait dans les orties toutes les critiques qui étaient adressées à sa vision des choses, il était plus que nécessaire qu´il affiche des résultats probants.
Oh, les résultats probants sont là. Deux éliminations de suite au premier tour d´une compétition internationale, une qualification indigne, encore que moins que le niveau de jeu de l´équipe de France, une incapacité criante, non pas à marquer des buts, mais à se créer une seule véritable occasion nette de but par match....
Sans même aborder la question du rôle des joueurs en 2006 et du rayonnement de Zidane, il est plus qu´évident, comme le déclarent beaucoup d´anciens joueurs et entraîneurs, que Domenech a des lacunes sévères en tant qu´entraîneur. Il aligne 11 joueurs et les envoie sur le terrain, c´est bien tout.
-Aligne-t-il les bons joueurs? Une certaine controverse est toujours inévitable, dans n´importe quelle équipe. Mais alors là... Govou et Anelka, que faisaient-ils sur le terrain après tous ces matches complètement ratés, où ils furent plus que pathétiques? Lui-même entérina l´inutilité de ces deux joueurs lorsqu´il les fit sortir après une nouvelle performance insipide.
-Les envoie-t-il préparés sur le terrain? Non. Aucune polémique possible à ce sujet-là, parce que la sélection bleue ne constitue même pas une équipe. Une seule séquence de plus de trois passes en terrain adverse.
Et puis, surtout, le constat accablant qui s´impose, c´est que les joueurs qui sont sur le terrain dégagent une nonchalance pour certains, une impuissance pour d´autres, et une vacuité telle sur la pelouse...
Aujourd´hui, la faillite est totale.
Raymond Domenech a été le bourreau de l´équipe de France de football, et de la joie et de l´orgueil des supporters de l´équipe de France.
Ironique justice que la défaite face à une équipe qui, lorsque l´entraîneur paraissait mener la sélection droit dans le mur sans escapatoire (Sven-Goran Eriksson), accepta de changer de cap et s´en remit à quelqu´un qui sut faire croire à joueurs et supporters que la victoire viendrait du jeu (Javier Aguirre).
Vivement que finisse l´ère Domenech, l´ère des commentaires du style "ils ont mal joué pour que les autres équipes les prennent de haut, c´est un coup de génie" ou bien "le schéma tactique sera changé au dernier moment pour que les autres équipes ne puissent pas se préparer". Balivernes que tout cela. Aucun machiavélisme, juste l´incompétence flagrante, obstinée, rancunière et arrogante.
Vivement Laurent Blanc et un projet d´équipe!!
20 avr. 2008
Keeping things in perspective after the first playoff game.
Yes, a loss to start the playoffs. Not quite the same thing as a loss to end the playoffs, though.
I guess all Pistons fans are frustrated right now. Even casual basketball fans must be. Why? Because the Pistons, who can play brilliantly sound, selfless basketball regularly, just laid an egg tonight. Their second half was utterly pathetic, there´s no disguising that. Still, the Pistons are mathematically a long, loong way from being eliminated, and the series has just started. It would be foolish to assert that the Pistons will be eliminated for sure.
Let´s get real for a second. At this point, anything can happen. Detroit is a better team than Philadelphia, without a doubt, and they still hold their future in their hands. Improve notably, and they will win the next games. Produce the same kind of effort as tonight from now on, and they could lose. Could. After all, they only lost by four points, and that was after an entirely dismal performance, right?
It´s true. But here´s the thing. As nonsensical as declaring the series to be over for the Pistons is, it would be just as foolish to dismiss any cause for concern and tell people to relax because everything will turn out just fine in the end. It´s legitimate to be frustrated by errors that cause your team to lose, especially when those errors are part of a larger trend, especially when those errors appear again and again in the same fashion.
The Pistons have already lost two playoffs series that they clearly should have won. The last two playoffs series, for those that are keeping count, and with the same core. So it´s not absurd to think the dreary past could be an omen for the immediate future.
I´m not saying it will be. I am, though, saying that this Pistons squad has given us reasons to think it easily could be.
First clue. The Pistons lost, and they shouldn´t have. Really. Unless your business is making excuses, this should matter. A lot.
Second clue. They lost because they reverted to a pattern that has cost them several losses. They stopped moving the ball, they didn´t attack the paint, and their offense totally collapsed. This has already happened, and the measures that are touted every single time as the remedy still aren´t applied on the floor.
Third clue. I won´t single out individuals in this paragraph. But as a unit, you could see that the starters weren´t as effective as when a mixed unit was on the court.
And now, we come to the most worrying of clues, as I see it.
Fourth clue. The Pistons on the floor at any given time were not the best Pistons that could have been out there. A game flows. Momentums can be shattered in seconds, or created and upheld if treated carefully. With the Pistons, the former has ocurred at times, and the latter often doesn´t happen. Not once in a while, not sometimes, not occasionally. Regularly, to say the least.
A player is not getting the job done, but still stays for several minutes in the game. Basketball is not soccer, you know? There are no limits on the number of times you can substitute players, which is why you really should take advantage of it.
A player is in a rythm (not red-hot, mind you, just in a rythm), and is pulled out.
With the Pistons, these two cases are not even the worst. I am even more troubled by the fact that Saunders doesn´t seem to have a clear idea of which players connect well on the field and should preferentially play together because they click. And which players absolutely do not. It can vary from game to game, so it´s not as if I was suggesting handing him a short list and hops, all problems solved. But the coach should be able to recognize it as it happens, and make good things happen by putting the right lineup on the court as the game demands it. Flip really doesn´t have a clue, in my opinion.
What´s more, I hate the fact that Detroit can come out of a timeout and appear disoriented. I mean, timeouts are supposed to give direction to a team, provide insightful imput and decisive suggestions from the coach. Insightful? Decisive? These really aren´t Flip´s strong suits, and yes, it can cost you some games. Only one is enough in a playoff series.
But what I loathe with every fiber of my Pistons-loving soul is this.
Fifth clue. The starters are not, I repeat, ARE NOT always giving their best on the floor. I´ll sigh and groan when their shots aren´t falling, I´ll curse and shout when they have turnovers at crucial moments of the game. But the only thing that has me foaming at the mouth and despising this team is seeing complacency from the starters. You have to bust your ass every single time you´re on the floor, period. Especially in the playoffs, yes, but it should be that way every single time.
Not because the players are paid millions. No. Not because it´s their job. Because every single player that steps foot on a basketball court should be expected to do the same. Because basketball is a game, and playing sports is all about passion. Because games are just about loving it, loving the game, and what you love you launch yourself into, giving it your all, or it just doesn´t make any sense. Being competitive isn´t about loving winning. It´s about making every effort possible and then some even in a loss. Because from the moment the game starts until the moment it finishes, it is all that exists and that demands utter honesty.
And the game feels it, you know? If you´re halfhearted about it, the game will go the other way.
So yes, when I see these Pistons play, I can not accept seeing people who don´t go all out to avoid losing. People who don´t hate losing and thus vow to themselves to find a way next time to pull out a win. People who are mentally entitled and crumble when things don´t go their way.
It´s not about what you say afterwards. It´s not about making angry faces. It most certainly is not about making excuses after you lose. It´s about hustling, about demanding the best of yourself and your teammates, about jumping out of your skin to go the extra inch and grab the ball.
I will take one player among the starting five that has a bad night and doesn´t contribute positively, be it with stats or attitude. They´re human. I´ll give them that. I most certainly won´t take a first unit that only occasionally gives it everything it has. How many times this season have we felt that the starters were all, at the same time, completely committed to the game, from start to finish bustling their asses out?
Unlike the Zoo Crew, that apparently doesn´t figure too preeminently in the playoffs plans.
When you add all that up, you have some really negative trends showing up.
That´s why fans have a reason to scrutinize every single defeat critically. That´s why every single loss could indeed spell doom for a title´s hope.
I am frustrated, not hopeless. I am hopefully critical, instead of in denial.
I sure as heck still think the Pistons can win it all. I sure as heck expect them to win against Philly. But I won´t back down from criticizing them when it is deserved. I won´t cut them any slack whenever effort is lacking. I will rejoice when they win, and celebrate. I will still support them if they lose. I will, after all is said and done, come back next year, and criticize their mistakes, and expect the best from them. The best.
Because I´m a Pistons fan, and of course it means I expect from them the best sports has to offer, which is honesty and determination and passion, and as an extra, the best THESE Pistons have to offer, which is altruism and brilliance and talent.
1 avr. 2008
Pistons-Timberwolves, a blast for the future.
The starting five was comprised of Tayshaun and Dyess, as usual, but also Stuckey, Hayes and Ratliff. The latter two were chosen to start the game because of their experience, I guess. It made sense. But watching the game last night, I couldn´t help but notice that a pattern seen on several occasions this season repeated itself, albeit in these widely different circumstances.
Once again, after the starting five dug itself in a hole in the first quarter, it was under the impulsion of the bench that the Pistons came back to life in the second quarter. They came back from a 21-point deficit and ended up within 5 at the half. But the third quarter saw on the court the starting five (minus Hayes, who had a really bad game, replaced by Afflalo), and although they stayed within striking distance, they just didn´t inflict the same damage as the Zoo Crew in the second quarter.
Ironic, isn´t it? The starters holding the fort, and the bench guys making the win happen? But like I said, these were widely different circumstances. Usually, when that happens, it´s because the regular starting five can´t mutter any energy and go through the motions thinking they can just flip the switch on (yes, they still do that).
But this time it wasn´t because of a half-hearted effort and entitlement. The guys on the floor just didn´t click with each other.
It´s a strange thing, on-court chemistry. Some guys really don´t complement each other well, others have a so-so link, and sometimes, some rare times, players have an instinctual understanding of what the others do on the floor, and just mesh well as a team.
And in this case, as the game unfolded, I just realized Detroit has it in droves (all hail Joe Dumars) between certain players. I mean, for Thor´s sake, Samb is the 15th Piston, Herrmann is probably the 13th, Amir is the 8th, and still, those three on the floor at the same time just sparked a 14-0 run at the end of the second. They drove the other team crazy. Defensively, they outrebounded and blocked the other team into submission, and offensively, they insisted and hustled, and since all three are gifted with a soft shooting touch, it was a just an all-around great display. I loved it to pieces.
Seriously, how great is Joe D.? That frontcourt just clicks, and I hope we´ll get other occasions to see it in the last games. Add to that a rookie backcourt that hustles just as much and shows a lot of smarts (still inconsistently, but when both Afflalo and Stuckey have proved an individual feel for the game and at times a developping rapport, there are many reasons to be optimistic), and frankly, the Zoo Crew really is something to be passionate about.
A quick recap: Stuckey can be great offensively, is dedicated defensively, and is still miles away from reaching his potential; Afflalo is just a smart, smart player, in the mold of Tayshaun Prince, can do the job offensively and is a scary defender; Lindsey Hunter can change games with 5 minutes of playing time, by hounding the opposing team´s backcourt ferociously and engineering runs; Juan Dixon is always a tenacious defender, is smart on the court and willing to find the open man, and can always have games where he will shoot lights out and score prolifically; Jarvis Hayes has progressed on defense and plays at a very acceptable level, and on offense can sometimes produce points in a hurry and become an unstoppable nightmare; Walter Herrmann is just a good bballer, scores consistently and in a variety of ways, busts his ass every single time, defends remarkably well against certain star players, and makes things happen for his team on the court consistently; Jason Maxiell is a beast unafraid to go against anyone, always rebounding with passion and cleaning up the boards, with a developping jumper and a reliable FT; Amir is a great young player who changes games with his athleticism and hustle, a good prospect both on offense and on defense, a shot-blocking machine, and still miles away from his potential; Theo Ratliff is a veteran who fits in, plays aggressive, does everything his team needs, defends the paint as well as the starting bigs and forces the other team to account for him in the paint; and Cheikh Samb is a young big who has only started to play, has a very soft shooting touch, busts his ass out every single time, is another shot-blocking machine, and just fits very well on the floor when given a chance to play.
This is just unbelievable. But here´s the big but: underachievement.
10 mars 2008
60 millions de sélectionneurs contre 1 finale (le XV de France avant les Gallois)
Pour ce qui est de rouspéter, les supporters des Bleus battent pas mal de records, je vous le garantis. La France vient de gagner contre l´Italie et va donc aller défier le pays de Galles à Cardiff pour la victoire finale dans le tournoi. Oh, je sais, il y a bien des motifs d´insatisfaction au niveau du jeu, et ce ne fut pas un match parfait du tout. Mais bon, d´un point de vue comptable, mission accomplie, non? Gagner le Tournoi reste possible.
J´ai donc vraiment du mal à comprendre. Il y a des gens qui regrettent Laporte et critiquent les trois nouveaux entraîneurs en disant que l´équipe de France ne joue pas bien, qu´elle galvaude le Tournoi des VI nations, même si les résultats lui sont assez favorables. Si ce qui compte ce n´est pas en fin de compte le résultat, pourquoi s´en prendre à la version de l´équipe de France qui tente justement de proposer du beau jeu? Parce que ceux qui descendent le triumvirat en les comparant avec Laporte feraient bien de se rappeler à quel point la notion de beau jeu et la prise de risques qui va avec était décriée par l´ex-entraîneur.
C´est sûr que Lièvremont, N´Tamack et Retière ont beaucoup de pain sur la planche, et que les Bleus ont en partie déçu pendant le Tournoi. Justement parce qu´on en attend monts et merveilles. On en est très loin, mais il est clair que les sélectionneurs voient la tâche sur la durée (ce qui est sage, n´en déplaise à ceux qui s´imaginent qu´en quatre matches on devrait voir la meilleure équipe de rugby du monde), qu´ils insistent sur le boulot à fournir, et qu´ils ne se laissent pas démonter par la pression du public.
Résultat, le secteur de la conquête reste le plus déficient, sans pour autant être catastrophique, la ligne d´arrières a montré de très très belles promesses actuelles et pour l´avenir en dégageant dès maintenant au moins 6 joueurs qui pourraient être exceptionnels, et la charnière a montré qu´il lui restait beaucoup de choses à apprendre, mais les différents joueurs qui l´ont composée ont montré du caractère, une bonne disposition au travail et à défendre avec le reste de l´équipe, par moments de l´autorité et de l´inspiration, et d´après le match contre les Transalpins, une certaine flexibilité à l´heure d´alterner le jeu.
Faire le liant entre tout ceci, cela reste une autre paire de manches. C´est normal; le rugby exige un équilibre rare dans les phases de jeu, et quand tu l´atteins, quand tu deviens imparable dans le jeu au centre, les regroupements et le jeu au large, et quand tu sais quel est le bon moment pour chacune de ces trois facettes, c´est que tu es arrivé à maturité et que tu es au top.
En somme, on est à l´étape des promesses laborieuses, et c´est normal. L´aisance individuelle et collective, cela viendra plus tard.
Un cavéat, cependant. Je comprends que le triumvirat fasse débuter beaucoup de petits nouveaux, on est à l´an 1 et au match 4 du trajet de 4 ans vers la Coupe du Monde. Mais je me demande si la méthode ne sera pas contreproductive pour certains de ceux qu´on lance dans le grand bain. Je veux dire que l´équipe n´a pas simplement été retouchée, sinon qu´il y a eu des mini-chamboulements entre certains matches (entre l´Angleterre et l´Italie en particulier).
Un projet de jeu collectif auxquels tous ont suscrit a été assis avec fermeté et enthousiasme, c´est vrai, mais le manque de continuité concernant les joueurs fait qu´il manque encore beaucoup d´automatismes collectifs. Et j´ai du mal à concevoir que tous les jeunots qui débutent puissent s´exprimer au mieux vu cette instabilité, cette friabilité du jeu collectif.
Il est difficile d´évaluer clairement l´impact d´un joueur spécifique quand la physionomie d´ensemble de l´équipe est mal dessinée, quoi. Certains joueurs, comme Trinh-Duc, ont eu la chance d´être rappelés au moins 2 ou 3 fois même après des performances moyennes, mais s´il faut rappeler tous les petits nouveaux 3 ou 4 fois avant de se faire une vraie idée de leur valeur dans le dispositif de l´équipe de France, vu que voilà 13 néophytes a avoir débuté depuis les début du Tournoi, je crains que les Bleus ne tardent un peu trop à trouver de la consistance.
Le vrai problème, surtout, c´est que ces 3 ou 4 sélections ne s´effectuent pas consécutivement, à part pour Trinh-Duc. Parra fait un bon match contre l´Angleterre, mais il n´est pas rappelé. Lui a réussi ses débuts donc ça ne pèsera pas trop sur la décision des entraîneurs, mais pour quelqu´un comme Diarra en troisième ligne, qui vient de se blesser, vu que je pense que Dusautoir reste un taulier, jouer plusieurs matches en Bleus espacés par quelques semaines de différence risque de lui compliquer la tâche pour s´affirmer définitivement en équipe de France.
Je n´aime pas penser que la carrière de certains Bleus pourrait s´avérer très courte sans que l´on soit sûrs qu´ils ont effectivement buté contre leurs limites.
J´attends avec impatience de suivre cette équipe de France dans les années à venir, ça c´est sûr. Quand tous les joueurs blessés seront disponibles, que les jeunes auront gagné en assurance, les possibilités sont monstrueuses. Qui de Clerc, Heymans, Rougerie, Poitrenaud, Floch, Malzieu, Jauzion, Traille, David brillera en attaque? A quoi ressembleront les deuxième et troisième ligne? (il y a une telle concurrence que tout est possible, et cela pourrait être la grande classe, je veux bien le parier). Il n´y a guère que la première ligne qui pourrait m´inquiéter sérieusement (De Villiers et Milloud seront vraiment vieux lors de la Coupe du Monde 2011), mais même là, l´espoir demeure (quid de Benjamin Kayser? Barcella tiendra-t-il le coup?) Quelle charnière pour rêver et gagner? Parra, Elissalde, Trinh-Duc, Michalak, les lendemains peuvent chanter!
Mais entretemps, s´agissant du Tournoi que l´on est en train de vivre, même si le pays de Galles mériterait son Grand Chelem, si les Français vont là-bas et font exploser le match, qu´ils gagnent par 20 points d´écart avec un rugby de feu, ils auront bien mérité le triomphe dans ce Tournoi, et les entraîneurs aussi. Réponse dans une semaine. Feraient-ils taire les détracteurs? Je ne le parierais pas...On aura un bien beau vainqueur en tout cas!
9 mars 2008
Pas de ratage, mais des cafouillages (le XV de France après l´Italie)
Quelques observations donc après ce match.
La conquête reste un chantier total. C´est vrai que les Italiens sont bons dans ce secteur, et les Bleus n´ont pas le feu aux trousses, donc il faut rester mesuré, mais cela ferait vraiment du bien que lors du prochain match, la mêlée et la touche vivent un déclic. Personne en particulier n´est en cause, mais personne n´a la certitude que la bonne composition des avants ait été trouvée, d´où en partie la frustration ambiante. Barcella a fait son boulot en s´accrochant avec aplomb, il a eu de l´assurance dans ce groupe pour son premier match, et je le sens bien.
Les arrières ont montré de belles choses contre les Italiens, et vu les conditions, cela aurait été un exploit qu´ils ne gâchent pas autant de munitions, alors ne nous traumatisons pas à cause des nombreuses fautes de main. Malgré tout, loin d´être parfait. Floch et Malzieu laissent entrevoir de belles choses. Autant que les Toulousains? Cela reste à voir... La liaison avec la chanière s´est améliorée par rapport au match contre l´Angleterre, j´ai l´impression, et c´est grâce à l´alternance proposée par la charnière et Trinh-Duc en particulier. Apparemment, lui et Yachvili jouent assez bien ensemble, mais c´est encore trop tôt pour en tirer des conclusions définitives, parce qu´Elissalde a encore une longueur d´avance sur Yachvili d´après moi et reste le taulier au poste de demi-de-mêlée.
La troisième ligne s´est trouvée de bons joueurs (depuis les début du Tournoi je veux dire, c´est-à-dire en incluant Dusautoir et les autres), mais l´ordre et les mécanismes restent flous. Les centres ont montré de belles choses aussi, et entre Jauzion, Traille, David, et peut-être Poitrenaud, il y aura des combinaisons à tenter.
En somme, je trouve que la conquête reste le seul dossier où l´on n´ait pas tant avancé que cela, et que pour le reste des secteurs, il est peut-être temps d´établir une première hiérarchie temporaire de l´équipe, et de tenter de peaufiner les automatismes.