Une chose qui est assez étonnante, pour les fans tant de rugby comme du foot, c´est la différence entre la durée moyenne d´une carrière internationale dans les deux sports. Il est assez fréquent, au foot, de voir un joueur comme Thuram ou Maldini, dont la carrière en équipe nationale couvre pratiquement toute la vie de footballeur professionnel, sans interruption, sur une dizaine ou même une quinzaine d´années, même tandis qu´en club ils ne rayonnent plus autant. Par contre, au rugby... Je veux dire, quelqu´un comme Califano prend sa retraite récemment, et cela ne fait pas grand bruit. Evidemment; voilà des lustres qu´il n´était plus convoqué en équipe de France, et ce n´est en fin de compte qu´un événement annoncé. Mais on est en train de parler d´un véritable monument de l´équipe de France, l´un des plus capés de l´histoire, le seul pilier tricolore à ma connaissance qui ait été considéré par l´IRB pour la distinction de meilleur joueur de l´année, le premier Bleu à jouer le Super 14 avant Michalak.
Seulement au rugby, et c´est la nature du jeu qui veut cela, il faut vraiment être au top physiquement pour jouer en sélection. Si tu dures 7, 8 ans comme l´un des tous meilleurs du monde à ton poste, comme le fit Magne, c´est un exploit renversant. Tu peux être indispensable, indiscutable sur 4 ans, magique même comme le fut Lamaison (et pas seulement en demies contre les Blacks), mais tu t´effaces sans trop de vacarme, sans trop de bouleversements. La vie continue son cours, le public des Bleus continue d´attendre du beau jeu, les mêmes exploits, et maintient la même confiance en notre équipe. Quel joueur au rugby pourrait causer d´infinies remarques équivalentes à "l´après-Zidane"?
Tout ceci pour dire qu´au rugby, on est vraiment habitué à voir défiler un tas de joueurs, et que le turn-over constant ne devrait surprendre personne. Si il est possible qu´un joueur ne soit plus au top à 31 ans, et qu´il est déja très, très fort à 21 ans, le sélectionneur est censé faire quoi? Attendre jusqu´à ce qu´il ait 25 ans pour commencer à le tester aux joutes internationales? Au rugby plus que dans beaucoup d´autres sports professionnels, quand un joueur laisse entrevoir de très belles choses, tu ne le laisses pas attendre trois ou quatre ans, parce que son niveau moyen de jeu peut varier très vite et pas en bien si tu n´en profites pas.
Je pense à quelqu´un comme Poitrenaud. Pour l´avoir vu jouer en 2001, l´année du dernier Brennus toulousain, je peux vous dire que c´était un funambule, un joueur véritablement hallucinant par moments. Et il était jeune, à l´époque ! Mais même si le sélectionneur de l´époque, Laporte, lui fit connaìtre sa première cape, j´ai toujours senti qu´il attendait de lui qu´il ne commette pas d´erreur, qu´il soit impeccable comme arrière-déplaceur de terrain au pied et dernier défenseur, et que les prises d´initiatives constantes et osées du Toulousain étaient limite une gêne vis-à-vis du schéma de jeu que voulait Laporte. Sa vision du jeu systématique n´avait que faire des éclairs de génie inhérents au Toulousain. Je pensais vraiment que Poitrenaud, si on le faisait se sentir en confiance même après des erreurs, se transformerait en un incontournable du XV de France, un joueur qui sur tous les matches, est à même de faire basculer la rencontre. Un crack, quoi !
J´ai confiance en Clément, et il a prouvé qu´il méritait vraiment d´être l´un des "premiers choix", comme l´on dit les trois nouveaux entraîneurs. Il a continué à bosser, et sa polyvalence sera je l´espère récompensée (il a la puissance pour perforer comme centre).
Mais bon, je trouve que sa trajectoire prouve bien à quel point il faut surfer les vagues de confiance quand elles sont là au rugby.
22 févr. 2008
La constance et la confiance au rugby (ce nouveau XV de France, première partie)
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