Venons-en donc à la nouvelle équipe de France. Et je dis "nouvelle", parce qu´à lire bon nombre de journaux et de sites sportifs, on jurerait que tous les joueurs de l´ère Laporte ont été renvoyés à leurs chères études et qu´il n´y a que des petits jeunes sortis d´on ne sait où. Ce qui, et cela saute aux yeux, n´est guère vrai, une exagération concoctée par les journalistes pour savoir quelles questions poser à l´avance aux trois entraîneurs tricolores.
Sur les 15 joueurs qui seront présents sur la pelouse du stade de France ce samedi contre l´Angleterre, 9 sont mondialistes (Clerc, Heymans, Rougerie, Traille, Marty, Bonnaire, Dusautoir, Nallet, Szarzewski). On ne peut vraiment pas dire que les petits nouveaux ne seront pas encadrés! Quand tu regardes le XV de la Rose en face, qui est, il faut le dire, assez croûlant, ils seront 10 mondialistes en face. La différence est donc minime, por commencer. Ensuite, qu´est-ce que les sélectionneurs étaient censés faire pour qu´il y ait plus de mondialistes? Faire jouer Ibañez, Betsen, Pelous et Dominici alors qu´ils ont pris leur retraite?
Examinons de plus près quelques cas particuliers. D´abord, le cas Chabal et la question de la deuxième ligne. Chabal est un perforateur exceptionnel, c´est établi. Mais rappelez-vous que même si pendant la dernière Coupe du Monde il était là en tant que deuxième ligne, il a depuis reitéré qu´il veut jouer troisième ligne (je signale au passage que sa présence en 2ème ligne voulue à tout prix par Laporte relégua Nallet aux tribunes, ce qui à l´époque souleva bien des questions de la part des journalistes, parce qu´il était clair que Nallet renversait tout sur son passage à l´époque).
La 2ème ligne est donc composée de Nallet (capitaine apparemment exemplaire pour ce groupe, tant sur le terrain que dans l´animation humaine, et qui croit en ce projet de jeu), et à ses côtés Papé, qui n´est pas le premier venu. Avant que la liste finale des 30 mondialistes ne soit publiée, personne ne s´attendait à ce que Papé n´en soit évincé (et de manière cruelle. Si tu lui confies la responsabilité du capitanat pour une tournée, qu´il remplit son rôle honnêtement - qui oserait dire que les défaites contre les All-Blacks lui sont imputables?- et qu´au retour tu l´envoies cueillir des pâquerettes, tu lui a vraiment joué un tour malhonnête). Sur le banc, Thion.
Non, on ne peut vraiment pas les appeler des néophytes !
Pourquoi pas Chabal en troisième ligne, alors? Je trouve que les médias ont vraiment fait une fixation. Lièvremeont, N´Tamack et Retière l´ont dit ouvertement, Chabal fait partie de ceux qu´ils considèrent. L´un des tous meilleurs en France, quoi! Mais ceux qui ont été retenus pour l´instant sont loin de démériter. Bonnaire est un excellent sauteur et régulier dans le jeu, Dusautoir est une faucheuse très mobile et joueuse, et Picamoles est le numéro 8 le plus joueur en France, attaquant sans cesse et prenant des risques. C´est une troisième ligne qui a donné à penser qu´elle sera complémentaire, complète, joueuse, bonne en défense et percutante. Qui sait? Peut-être s´avérera-t-elle en manque de puissance et Chabal aura sa chance. Vermeulen est incontournable dans l´esprit des sélectionneurs et il faudra revoir les choses quand il reviendra. Cela ne fait que deux matches et trois annonces des sélectionnés que le triumvirat est là, reporters sportifs ! Rien n´est définitif, et les trois entraîneurs l´ont dit et répété, à ce stade-ci des choses, personne n´a la certitude d´avoir trouvé la meilleure solution.
Ce dont ne manque pas le staff, ce sont des idées claires quant au jeu qu´ils veulent voir pratiquer. Et on en arrive donc à la grande obsession des médias, la charnière "classe biberon", comme ils l´appellent. Faut ouvrir les yeux, les cocos. Le titulaire indiscutable au poste de demi-de-mêlée, c´est Elissalde, et il est blessé, donc évidemment laissé au repos. Qui pour le remplacer? C´est vrai que Yachvili a plus d´expérience que Parra, et je ne crois pas que le style de jeu de Yachvili déplaise fondamentalement aux entraîneurs. Mais il vient d´arriver dans le groupe, et n´est pas le plus au courant de la ligne directrice de jeu que prônent les sélectionneurs et tente de pratiquer le XV de France depuis deux matches. Ils font donc pour l´instant confiance à Parra, et cela ne me surprend pas. Parra n´est pas une brêle, il faut commencer par établir ceci. Sinon, il ne serait pas en équipe de France. Il connaît bien le plan de jeu, les entraîneurs pensent qu´il est capable de le pratiquer ou ils ne l´auraient pas sélectionné, et il se retrouve propulsé sur le devant de la scène du fait de la blessure du titulaire indisputable. Je ne vois vraiment pourquoi on crie au scandale.
Quant au poste de numéro 10, la seule raison pour laquelle on en parle, c´est la blessure d´Elissalde. S´il était numéro 9, personne ne piperait mot sur la titularisation de Trinh-Duc, malgré sa jeunesse, parce qu´il est douteux que quelqu´un voie en Skréla le titulaire à long terme au poste. Ce n´est pas le plus joueur, le plus audacieux des ouvreurs, et c´est cela ce que recherchent N´Tamack, Retière et Lièvremont. C´est aussi ce que préfèreraient les supporters, soyons honnêtes. Nous n´allons pas bouder notre plaisir de voir jouer le Montpelliérain, un vrai funambule comme Poitrenaud, lui. Un futur crack si les choses se passent bien. Les choses risquent d´être intéressantes quand Michalak reviendra, je pense! Deux des ouvreurs les plus géniaux à disposition du XV de France, voilà qui m´émoustille(ra).
Moi, comme fan, je veux voir l´équipe de France jouer , et que les entraîneurs tentent de trouver la meilleure équipe de France. Qu´ils essayent différents joueurs si cela ne marche pas, qu´ils modifient la donne, qu´ils reconnaissent quand cela marche, quand cela pourrait marcher mieux, et quand cela ne marche vraiment pas. Et cela ne serait pas plus mal que les médias cessent de vouloir juger prématurément, et cessent de mettre sur la défensive des joueurs et des entraîneurs qui pour l´instant ont accompli leur mission d´un point de vue comptable et avancent dans la construction de l´équipe. Cela m´énerve de lire sans cesse les mêmes réponses des entraîneurs parce qu´on leur pose mille fois les mêmes questions.
Peut-être que les choses ne marcheront pas demain. Et la défaite créerait une certaine pression pour un retour au statu quo, la fin de l´indulgence vis-à-vis des entraîneurs. Peut-être que Parra et Trinh-Duc s´emmêleront les pinceaux, peut-être que leur inexpérience flagrante leur coûtera le match, peut-être que le triumvirat devra revoir sa copie et accorder plus de temps aux jeunots et bleus des Bleus (Faure n´est plus tout jeune mais débute, par exemple), peut-être que la transition à laquelle on assiste se fera nettement plus en douceur si les résultats le dictent.
Mais pour l´instant, ils s´en tiennent à leur vision du jeu, ils nous offrent du plaisir sur le terrain, un retour à l´initiative personnelle tant décriée il n´y a pas si longtemps que cela, et nous rappellent que le rugby se base sur la solidarité collective dans l´optique de la prise de risques, individuelle et collective. Ils poussent à jouer, quoi ! A saisir sa chance et tenter, même si l´erreur est au bout, pour que la peur de la défaite ne congèle pas la beauté du jeu. C´est comme la vie, non? Qui ne tente rien...
22 févr. 2008
Une tempête dans un vase d´eau (ce nouveau XV de France, deuxième partie)
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